Intervention de Éric Ciotti

Réunion du mardi 30 juin 2020 à 17h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaÉric Ciotti, rapporteur :

Madame la ministre, vous nous dites bien connaître, de par votre formation, les questions liées à la diffusion d'un virus, ce dont nous ne doutons pas. Vous dites également avoir pris conscience très tôt – dès la mi-décembre 2019, et en tout état de cause bien avant que l'alerte ne soit officiellement donnée – de la gravité de la situation, ce qui vous a amenée à alerter le Président de la République le 11 janvier et le Premier ministre le 30 janvier : pouvez-vous nous préciser par quel moyen vous l'avez fait ?

Nous avons le sentiment qu'aussi précoce qu'ait pu être votre prise de conscience, la réaction effective à la situation a été très lente. Ainsi, comment expliquez-vous que le plan Pandémie n'ait été activé que le 23 février ? Par ailleurs, la première commande de masques FFP2, passée le 30 janvier, ne portait que sur 1,1 million d'unités, alors que nous savions, depuis la note rédigée en septembre 2018 par le comité d'experts dirigé par le professeur Jean-Paul Stahl, du CHU de Grenoble, qu'il faut disposer d'un stock d'un milliard de masques pour protéger la population – ce chiffre correspondant à 20 millions de foyers dotés chacun d'une boîte de cinquante masques. Se fondant sur l'analyse effectuée par le Centre scientifique et technique de l'industrie textile belge (CENTEXBEL), la même note indique que la plupart des masques en stock en France sont périmés. Je repose la question, aviez-vous connaissance de cette note, adressée par François Bourdillon, directeur de Santé publique France, à la DGS ?

En tout état de cause, le 30 janvier 2020, vous ne commandez que 1,1 million de masques, alors que les besoins s'élèvent à 40 millions de masques par semaine pour les soignants et à 500 millions de masques pour la population. Il faut attendre le 7 février pour que soit passée une commande plus conséquente de 28 millions de masques FFP2. Une autre commande de 175 millions de FFP2 sera passée le 25 février, date à laquelle vous n'êtes plus ministre de la santé.

On ne peut que relever un écart important entre la prise de conscience que vous nous dites avoir eue ­– et que les faits confirment – et l'absence de réaction de votre part, à en juger par le temps qu'il vous a fallu pour activer le plan Pandémie et pour prendre des mesures relevant de la gestion des stocks stratégiques de masques, de respirateurs et de tests. Pour ce qui est des tests, je conviens qu'il était impossible de les prévoir avant que ne soit connue l'existence du virus. Pouvez-vous tout de même nous indiquer les mesures que vous avez prise sur ce point une fois l'alerte donnée ?

J'aimerais également vous interroger sur l'anticipation de la crise. En mai 2017, avant que nous n'ayons connaissance des informations venues de Chine, le professeur Salomon – qui n'était pas encore directeur général de la santé, mais conseiller de Marisol Touraine et du candidat Emmanuel Macron – a rédigé une note disant, en substance, que la France n'était pas prête à affronter une crise sanitaire. Pouvez-vous nous dire ce que vous avez fait, entre mai 2017 et février 2020 – le moment où vous quittez votre ministère – pour que notre pays soit mieux préparé à une éventuelle situation de crise ?

Enfin, je voudrais vous interroger sur la façon dont a été gérée la crise. Le professeur William Dab, directeur général de la santé de 2003 à 2005, nous a livré son sentiment, résumé en une phrase : « Rien ne s'est passé jusqu'au 16 mars » – je rappelle que cette date a été celle de l'annonce du confinement. Qu'en pensez-vous ? Les notes du professeur Salomon vous ont-elles été transmises ? Considérez-vous avoir été le pilote de la gestion de crise, le cas échéant jusqu'à quel niveau d'information et de décision ? Y a-t-il eu une délégation de cette gestion de crise au professeur Salomon et à la DGS et dans ce cas, selon quelles modalités étiez-vous tenue informée ? Avez-vous reçu des alertes de la part de la DGS ?

Nous avons déjà effectué un grand nombre d'auditions, qui nous ont donné le sentiment que la gestion de la crise s'est faite dans une confusion résultant de la multiplication des acteurs, des comités de pilotage et des cellules de crise – je crois qu'il y en a eu cinq –, et j'aimerais savoir quel est votre avis sur ce point.

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