Intervention de Agnès Buzyn

Réunion du mardi 30 juin 2020 à 17h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Agnès Buzyn, ancienne ministre des solidarités et de la santé :

C'est une bonne question. Après l'épidémie de grippe H1N1, il a été reproché à l'État d'en avoir trop fait. Les stocks ont connu une forme d'attrition car ils ont été laissés dormants et se sont retrouvés un jour non conformes. Il n'y a pas eu de travaux spécifiques sur les besoins en matière de stocks stratégiques d'État – nous sommes un des rares pays à en avoir. Ce qui est clair, c'est que les recommandations n'ont pas évolué pendant cette période. Le principe était le suivant : seuls les gens malades doivent porter un masque, ainsi que les membres de leur famille s'ils restent chez eux, et bien évidemment les soignants. C'était sur cette base que raisonnaient les agences sanitaires.

Le directeur général de la santé avait demandé à ce que soient à nouveau commandés 100 millions de masques, ainsi que des stocks correspondants à une liste d'une dizaine d'autres produits périmés. L'idée était donc d'avoir 200 millions de masques en 2019. Et l'accent était mis sur une diversification des producteurs, pour éviter de dépendre d'un producteur unique. Tout cela n'aurait pas été un problème si l'épidémie n'était pas partie de Chine, où se situe la quasi-totalité de la production mondiale de masques, chose que nous avons découverte en janvier ou février, au moment où les commandes sont passées.

Cela peut paraître étonnant si l'on estime que la seule question qui se posait était celle des masques. Or en 2018, la vigilance devait porter sur des dizaines de produits différents d'égale importance, donc sur la totalité des stocks stratégiques, qu'il s'agisse de comprimés d'iode en cas d'accident nucléaire ou d'antidotes aux gaz neurotoxiques. Et vous me poseriez le même type de questions si j'avais privilégié les masques au détriment de tenues de protection contre la maladie à virus Ebola, dans le cas où une épidémie de cette maladie avait eu lieu.

En 2018-2019, que craint un ministre de la santé ? Ebola, déclarée urgence de santé publique de portée internationale par l'OMS en 2018 du fait d'un foyer en République démocratique du Congo (RDC), où il y a une reprise épidémique en 2019. Mon homologue américain Alex Azar et moi-même nous en sommes inquiétés tous les deux en septembre 2018 lors d'une réunion consacrée au prix des médicaments dans le cadre de l'assemblée générale des Nations unies. C'était Ebola que je suivais alors de très près – il y a des vols directs entre Kinshasa et Paris –, et non un virus inconnu qui allait être à l'origine d'une pandémie un an plus tard. Ma deuxième préoccupation, c'était les attentats terroristes, en raison des difficultés de Daech en Syrie et des informations sur un potentiel risque chimique.

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