Intervention de François Blanchecotte

Réunion du mercredi 22 juillet 2020 à 18h00
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

François Blanchecotte, président du syndicat national des médecins biologistes (SDB) :

Nous avons été en première ligne dans la gestion de la crise, mais avons eu bien des difficultés à mettre en route les examens que le Gouvernement nous demandait de faire, pour des raisons techniques, administratives et réglementaires.

Nous ne pouvons réaliser de tests sans que l'arrêté qui en précise les modalités de remboursement ne soit publié au Journal officiel. Celui-ci est paru le 7 mars 2020, pour application au 8 mars. Commander des tests et acheter des matériels sans savoir ce qui était remboursable a déjà rendu les choses difficiles.

Ensuite, un examen de biologie doit être validé par la Haute autorité de santé (HAS), après avis du centre national de référence (CNR) des virus des infections respiratoires. Comme en Allemagne d'ailleurs, il n'y a pas eu de lanceur d'alerte et quand nous sommes arrivés sur le marché alerte la demande mondiale était déjà très importante et les possibilités limitées car l'arrêté initial n'autorisait l'utilisation que de six réactifs différents. Nous avons dû batailler pour élargir le champ des produits ouverts aux laboratoires privés. Le 29 mars, nous avons obtenu une autorisation pour trente-quatre tests. Sur un marché soumis à une forte demande mondiale, où l'offre était restreinte et les possibilités d'achat limitées, nous nous trouvions donc dans des conditions très défavorables.

En outre, l'arrêté réglant les modalités de remboursement par l'assurance maladie a visé des tests de dépistage par deux épitopes différents, alors que les tests utilisés par la plupart des laboratoires équipés en biologie moléculaire n'avaient qu'une seule détermination – ils n'étaient donc pas remboursables. La tâche était donc très compliquée pour les laboratoires privés. Nous avons bataillé avec la Haute autorité de santé (HAS), en vain, et aujourd'hui, certains laboratoires qui auraient pu pratiquer ces tests n'en ont pas eu la possibilité ; le secteur public a pu continuer à les utiliser, a priori, mais, dans le privé, nous étions soumis aux règles de remboursement par la sécurité sociale.

Les marchés d'écouvillons ont été préemptés, soit par d'autres pays qui mettaient plus d'argent sur la table, soit, peut-être, par les autorités, de sorte que nous avons rencontré des difficultés d'approvisionnement. Les délais de livraison sont passés de huit à quinze jours, puis à trois semaines. Nous avons donc démarré dans des conditions très difficiles.

Concernant l'accréditation, 117 plateformes sont autorisées en France. Cela fait plus de vingt ans, depuis 1999, que notre syndicat demande des extensions d'autorisations en biologie moléculaire ! Si l'on doit apprendre quelque chose de cette crise, c'est qu'il faut moderniser nos équipements d'examens biologiques en les orientant vers la biologie moléculaire.

Enfin, les laboratoires privés étant chargés d'assurer les examens biologiques courants, nous avons dû, par précaution, fermer des sites ou réserver certaines heures aux prélèvements de dépistage du Covid.

La bataille des masques, vous l'avez vécue. Le biologiste médical ne figure pas dans le code de la santé publique à la différence du pharmacien, du médecin, ou de la sage‑femme. Au début, les pharmaciens ne nous en délivraient pas. Nous avons dû batailler avec le cabinet du ministre pour obtenir des masques à la fois pour les biologistes et pour les techniciens – ceux-ci les ont obtenus fin avril. Pendant tout ce temps, c'était le système D afin de travailler de façon correcte et de protéger nos salariés de la contamination pour qu'ils assurent l'activité de biologie courante.

Et puis, nous avons redécouvert les strates administratives, les codécisions, les batailles entre administrations avant qu'une décision cohérente ne soit prise. Durant des semaines, on nous a demandé des données dans un sens et dans l'autre, à différents niveaux de l'État et des régions. Quand vous avez des centaines de patients à prélever, vous avez autre chose à faire que de répondre aux demandes permanentes de communication de statistiques. Si le Ségur de la santé pouvait déboucher sur quelque chose, cela pourrait être la simplification des décisions en période de crise, avec la mise en place d'un interlocuteur unique.

Comme je n'ai jamais entendu un responsable politique remercier les personnels de laboratoire, je voulais le faire devant vous. Ils sont sur le pont depuis quatre mois. Nous avons détecté des milliers de cas positifs, et il n'y a jamais eu un mot pour nous. Seuls comptent les soignants, dont acte, mais il a bien fallu pourtant faire les diagnostics.

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