Intervention de Aurélien Rousseau

Réunion du jeudi 23 juillet 2020 à 10h30
Mission d'information sur l'impact, la gestion et les conséquences dans toutes ses dimensions de l'épidémie de coronavirus-covid 19 en france

Aurélien Rousseau, directeur général de l'agence régionale de santé Île‑de‑France :

Absolument ! Croyez bien que je me la pose tous les jours depuis le cœur de la crise.

Je pourrai vous donner, y compris par écrit, les éléments qui nous font penser qu'il n'y a pas de contradiction entre ces chiffres. Notre analyse repose sur les remontées dans le SI‑VIC, le logiciel que remplissent les établissements en temps réel. Nous y avons fait ajouter l'indicateur de l'âge, avec une extraction quotidienne de cet âge.

Je crois qu'il y a plusieurs biais dans les analyses telles que je les ai comprises – j'ai vu les mêmes graphiques que vous de la direction générale de l'offre de soins –, notamment au regard de la complétude des données de l'AP-HP, qui a été grandement affectée par la grève du codage ces derniers mois. Il nous manque donc des données pour calculer ces moyennes. Si la commission le souhaite, je lui transmettrai par écrit tous ces éléments d'analyse, y compris le suivi jour par jour que nous avons fait.

Au pic de la crise, les 7 et 8 avril, 14 000 patients covid étaient hospitalisés dans les établissements de la région – je ne parle pas de la seule réanimation. La moyenne d'âge de ces patients était de 69 ans ; 28 % d'entre eux avaient plus de 80 ans et 8 % plus de 90 ans. Selon notre analyse, le taux d'hospitalisation à partir des EHPAD est resté stable, à 12 %. C'est le même chiffre que les années précédentes, mais il n'est pas significatif pour autant. Le volume de personnes âgées dépendantes qui n'étaient pas éligibles à la réanimation, suivant les critères fixés par les sociétés savantes de réanimateurs, a été beaucoup plus important que les années précédentes, parce qu'il y a eu beaucoup plus de cas – c'est une question de moyenne et de proportion. Le nombre de familles ou de soignants qui ont constaté qu'on n'hospitalisait pas systématiquement, et notamment en réanimation, a été plus important. Les régulateurs du SAMU ont dit beaucoup plus fréquemment à des soignants des EHPAD, en s'appuyant sur les mêmes critères qu'auparavant, qu'on ne réanimerait pas une personne. La violence de la crise est donc indéniable pour les soignants mais aussi pour les médecins car, à la fin, c'est une décision médicale qui est prise.

J'ai considéré de ma responsabilité de redonner aux réanimateurs les règles, parce que ce n'est pas la même chose de se poser la question de la réanimation une fois ou vingt fois dans une journée. Nous avons élaboré la doctrine covid-19 010 « décision d'admission des patients en unité de réanimation », qui collait totalement aux doctrines de la Société française d'anesthésie et de réanimation et de la Société française de réanimation de langue française, et qui a été confirmée par le Conseil scientifique le 30 mars et le Haut Conseil de la santé publique le 23 mars. Dans cette doctrine, nous rappelions également les dispositions de la loi Claeys‑Leonetti.

Par ailleurs, j'avais sollicité mes équipes pour réfléchir aux critères à utiliser si la vague était plus forte. Une doctrine dégradée a effectivement été travaillée, indiquant sur quelles bases on hospitaliserait si on était débordé. Je le dis aujourd'hui, en n'oubliant pas que je suis sous serment, monsieur le rapporteur, ces deuxièmes critères n'ont pas été utilisés. Néanmoins, il était de ma responsabilité de demander à des réanimateurs et à des gériatres de travailler sur ces hypothèses-là, pour que le tri – mot certes effrayant, mais quotidien – soit fait selon des critères stabilisés et partagés par tous les acteurs.

Je peux peut-être rechercher des éléments plus précis pendant que mes collègues répondront à vos questions. En tout état de cause, je fournirai par écrit à la commission les éléments sur ces comparaisons de moyennes.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.