Intervention de Bénédicte Compois

Réunion du vendredi 26 février 2021 à 9h30
Commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets

Bénédicte Compois, administratrice de l'Union nationale des centres permanents d'initiatives pour l'environnement (CPIE) :

Les CPIE représentent un réseau national d'associations qui ont largement contribué à la création de l'éducation à l'environnement, à la concrétisation de l'ingénierie environnementale et à la concertation sur les territoires, en particulier depuis les lois de décentralisation. Aujourd'hui, le réseau oriente son projet associatif vers la facilitation de l'action commune sur les territoires pour accélérer la transition écologique.

Récemment, Mme la ministre Barbara Pompili a qualifié ce projet de loi de « dernier kilomètre de la transition écologique ». C'est un point de vue. Nous, nous pensons qu'il est indispensable de prêter une attention très forte au premier kilomètre de la transition écologique : apprendre aux acteurs à co-construire dans la durée, tant pour identifier les problèmes prioritaires de la transition écologique que pour y apporter des solutions et des réponses. Apprendre à co-construire est une mission quasi éducative qui ne se résume pas au contrat de coopération entre acteurs de la transition écologique. Il s'agit, selon nous, d'un défi majeur.

J'interviendrai plus spécifiquement sur l'article 2 du chapitre Ier du titre Ier, « Informer, former et sensibiliser ». Je rappellerai tout d'abord que des mesures législatives massives sont indispensables pour des sujets où le volontarisme, malgré son ampleur, n'ira jamais assez loin compte tenu des urgences qui ont été soulignées par l'ensemble des intervenants ce matin et dont nous partageons les propos. Nous laisserons les spécialistes vous présenter leurs remarques et propositions sur les sujets très techniques.

L'éducation au changement climatique est une question majeure. Qu'elle entre officiellement, par la loi et le code de l'éducation, dans le système scolaire, à chaque niveau et pour chaque spécialisation, est une avancée et cela prolongera les effets des mesures qui sont engagées depuis longtemps. Nous avons cependant une remarque et deux propositions à formuler.

Certes, envisager l'éducation à l'environnement et au développement durable dans une approche globale et systémique est intéressant, mais, in fine, le sujet ne risque-t-il pas de n'être traité nulle part ? De surcroît, il est déjà très largement inscrit dans les directives de l'éducation nationale. Il importe donc d'aller encore plus loin que ce que prévoit le projet de loi.

Dans la première proposition que nous vous soumettons, les réseaux associatifs d'éducation à l'environnement – qui ont inventé l'éducation à l'environnement, il y a bien longtemps –, et les associations qui innovent et inventent sans relâche des solutions en faveur de la transition écologique, ont une forte expérience. S'ils coopèrent d'ores et déjà avec de nombreux enseignants et académies dans une approche fondée sur la co-construction, les mobiliser aux côtés des enseignants pour construire des programmes et des modalités d'intervention par niveau et par spécialisation permettrait de gagner en temps et en efficacité et de rester agiles au regard de l'évolution rapide des connaissances. L'objectif est bien d'inventer de nouvelles façons de travailler pour renforcer nos actions éducatives sur le terrain.

Deuxièmement, nous proposons d'inscrire dans la loi « l'apprendre à co-construire », au-delà la préparation des enfants et des jeunes à l'exercice de leurs responsabilités de citoyens. En effet, connaître, comprendre et analyser ne suffisent pas à déclencher l'action individuelle et encore moins l'action commune. Or agir est tout l'enjeu, in fine. C'est bien par l'action que les engagements dans la transition écologique seront d'autant plus forts.

Sur tous les sujets recouvrant la transition écologique, soit bien au-delà de l'article 2 du titre Ier, nous pensons que la loi et la norme ne suffisent pas et peuvent même parfois renforcer les oppositions.

Convaincus que les changements s'opèrent quand des acteurs de nature diverse s'emparent ensemble des défis, apprendre à co-construire, c'est intégrer aux niveaux scolaire, universitaire et des instituts techniques, à la formation professionnelle et à la formation des techniciens et élus des collectivités, les outils pour parvenir à l'action commune. Ils existent déjà et la recherche les enrichit en permanence. Il est temps de les introduire dans les parcours de formation et les programmes. Il est temps également de les promouvoir pour que les territoires s'en saisissent. Là encore, les associations, s'agissant de la co-construction, peuvent avoir un rôle déterminant au regard de leurs pratiques et savoir-faire. À ce titre, notre réseau, très présent sur le terrain et dans les territoires, se tient à votre disposition pour pouvoir échanger sur les modalités pratiques de leur intégration.

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