Intervention de Florent Boudié

Réunion du lundi 7 juin 2021 à 16h00
Commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi confortant le respect des principes de la république

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFlorent Boudié, rapporteur général :

Oui, il y a un problème et, oui, il faut l'affronter. L'un des aspects de ce problème, c'est l'assimilation qui vient d'être faite par Annie Genevard entre le port du voile par des mamans à l'occasion d'une sortie scolaire et l'assassinat d'une femme qui portait le voile.

Bien sûr, nous devons combattre l'islam politique, avec beaucoup de fermeté et d'autorité. C'est ce que nous faisons à travers ce texte et, au-delà, à travers les dispositifs visant à lutter contre la radicalisation et le terrorisme. Le problème, c'est qu'une partie de la classe politique fait de la lutte contre le port du voile son objectif politique premier ; c'est une obsession pathologique et identitaire. Cela, nous le combattons ; nous le combattons avec fermeté, beaucoup d'assurance et même une certaine fierté, car ce n'est pas facile.

Un vent mauvais se lève. C'est pourquoi nous voulons être intransigeants sur ce point, et c'est pourquoi nous allons supprimer la disposition introduite par le Sénat. Je prétendrais que ce n'est pas au Parlement de légiférer ; bien au contraire, je crois que c'est au Parlement de légiférer : c'est son rôle, c'est son but, c'est sa raison d'être – mais il est des circonstances où il doit savoir s'abstenir. Quand on propose de créer de nouvelles catégories juridiques, comme celle d'accompagnateur scolaire, avec toutes ses ambiguïtés, ou comme d'autres un peu plus loin dans le texte, ou quand on prend des dispositions telles que celle introduite par le Sénat, on voit bien quelle est la cible : c'est le voile. On veut en faire un élément central du débat public.

J'abonderai pour ma part dans le sens de Pierre-Yves Bournazel : certains musulmans portent le voile comme un emblème politique, et nous les combattons ; et d'autres, parfaitement intégrés à la République, le portent parce qu'on leur a dit que cela se faisait, parce que c'est leur coutume, leur tradition, leur croyance. Nous considérons donc que la proposition du Sénat, qui consiste à interdire, de façon générale et absolue, à toute personne de faire usage de sa liberté religieuse dès lors qu'elle accompagne une sortie scolaire, sans que sa participation puisse pour autant être assimilée à une mission éducative ou à une mission de service public, participe d'un excès idéologique et qu'il convient de la rejeter.

Oui, il y a un problème, oui, il faut l'affronter et notre réponse, c'est la suppression de la disposition introduite par le Sénat.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.