Intervention de Loïc Prud'homme

Réunion du mardi 22 septembre 2020 à 17h35
Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaLoïc Prud'homme :

Avant de revenir sur les énormités proférées depuis le début de cette discussion sur les dimensions écologiques et agronomiques du problème, je voudrais situer le présent projet de loi au regard de l'urgence écologique. Si 66 % des vertébrés sauvages ont disparu de la planète en cinquante ans et 80 % des insectes d'Europe en trente ans, c'est en grande partie à cause des pesticides. Les néonicotinoïdes sont extrêmement nocifs ; ils sont 7 000 fois plus toxiques que le DDT, interdit en France depuis presque cinquante ans. Représentant 35 % à 40 % du marché mondial, ils constituent pourtant la catégorie d'insecticides la plus vendue dans le monde.

Le présent projet de loi revient à autoriser l'utilisation de semences enrobées de néonicotinoïdes sur un demi-million d'hectares de surface agricole en France, c'est-à-dire à déverser 100 tonnes de néonicotinoïdes sur notre territoire. En réalité, la racine du problème n'est pas la jaunisse de la betterave, c'est le modèle agro-industriel adopté par la filière. L'agro-industrie fabrique les conditions de sa propre destruction : l'appauvrissement du vivant par la monoculture et la production à grand renfort de pesticides ainsi que le bouleversement climatique créent un terreau favorable aux maladies et ravageurs. La France est le premier producteur européen de sucre : la filière emploie 46 000 personnes et regroupe 25 000 cultivateurs et vingt et une sucreries. Si ses difficultés économiques sont réelles, elles sont liées – cela a été dit – à la suppression en 2017 des quotas sucriers et du prix minimum garanti. Autoriser de nouveau l'usage des néonicotinoïdes reviendrait à mettre un pansement sur une jambe de bois ! Il serait préférable, à court terme, de débloquer des fonds d'urgence écoconditionnés pour les agriculteurs touchés et, à long terme, de planifier la transition de l'ensemble de la filière.

Le Gouvernement nous explique que la betterave étant récoltée avant floraison, elle n'attirerait pas les pollinisateurs et qu'en conséquence, l'usage des néonicotinoïdes en enrobage de semences ne serait pas dangereux pour les abeilles.

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.