Intervention de François Ruffin

Réunion du mardi 13 octobre 2020 à 17h30
Commission des affaires économiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Ruffin :

Étudiante à Lyon, Amanda a perdu au printemps, pendant le confinement, ses petits boulots de baby-sitting. Elle s'est retrouvée dans la galère pour se soigner et pour manger. C'est aussi le cas de Pierrick, intérimaire chez Amazon à Douai, et d'Arnaud, à Tours, qui ne prend pas de repas le matin ni à midi, et qui accumule les retards de loyer.

On estime que 40 % des jeunes ont perdu des revenus cette année ; 42 % craignent pour le paiement de leur loyer. Le taux de pauvreté parmi les jeunes est quatre fois supérieur à ce celui des plus de soixante-cinq ans. C'est d'autant plus injuste que la jeunesse s'est confinée pour protéger les personnes âgées et les plus fragiles, et c'est elle qui paiera le prix de la crise…

Que proposez-vous pour la jeunesse dans votre plan de relance, chers collègues de la majorité ? D'aider les entreprises, de réduire le coût du travail. Décidément, pour vous, tous les prétextes sont bons pour le réduire, en l'espèce de 4 milliards d'euros !

Dans son encyclique Fratelli tutti que notre collègue Dominique Potier vient de me glisser, le pape écrit : « Le marché ne résout pas tout à lui seul, même si on nous demande de croire ce dogme de la foi néolibérale. Il s'agit là d'une pensée pauvre, répétitive, qui propose toujours les mêmes recettes face à tous les défis qui se présentent. »

C'est bien votre cas : quel que soit le problème, votre réponse, c'est : réduction du coût du travail. On arrose, on arrose les entreprises, cela va ruisseler et l'emploi va germer ! Comment imaginer que les entreprises, qui n'ont aucune visibilité, et dont les commandes sont incertaines, embaucheront massivement des centaines de milliers de jeunes ? Comme toujours, comme partout, vous faites confiance à la main invisible du marché, avec zéro audace et zéro imagination, en dépit de la gravité de la situation !

Nous avions ce printemps un Macron qui promettait des ruptures ; j'aimerais à mon tour en proposer une. La majorité politique, dans ce pays, est à dix-huit ans ; la majorité pénale est à dix-huit ans ; la majorité sociale doit être à dix-huit ans. Ne serait-ce pas un minimum que de leur accorder le minimum ? C'est un filet de sécurité. Or on le fait reposer sur la solidarité familiale, qui est tout à fait inégalitaire : certaines familles ont la possibilité de venir au secours de leurs enfants, d'autres pas.

Prenons l'exemple des personnes âgées. Pendant des millénaires, vieillir, dans ce pays, a signifié vivre aux crochets de ses enfants ou de la société ; et puis un jour, on a mis en place les retraites. En trente ans, le taux de pauvreté parmi les personnes âgées a considérablement diminué. Parce qu'on est passé d'une solidarité familiale à une solidarité sociale et nationale.

C'est ce même pas qu'il nous faut franchir, par ces temps de crise. Assurer aux jeunes le minimum, cela n'a rien d'un idéal ; et au-delà de gagner leur vie, j'aimerais qu'ils aient la possibilité de lui donner un sens. Pendant la crise des années trente, Roosevelt avait lancé des grands travaux ; l'énergie de la jeunesse, son savoir-faire et son aspiration à une croissance verte devraient être utilisés pour déclencher un grand choc écologique et un plan non de grands travaux, mais sans doute de petits travaux, notamment dans l'agriculture et la restauration, ainsi que dans des secteurs entiers qu'il faut faire émerger.

Et que proposez-vous ? Cinq cents emplois pour la transition écologique, pour 2020, pour toute la France ! Pas 500 000, cinq cents, cinq par département ! C'est une ambition totalement dérisoire, parfaitement ridicule, c'est se moquer de la jeunesse ! Proposez un plan de relance à la hauteur de la crise que subit de plein fouet la jeunesse française !

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