Intervention de François Ruffin

Réunion du mercredi 21 octobre 2020 à 9h30
Commission des affaires économiques

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaFrançois Ruffin :

M. Didier Martin a parlé d'un « film d'épouvante ». L'épouvante, nous l'avons vécue ce printemps lorsqu'en plein milieu d'une crise sanitaire, nous nous sommes retrouvés « à poil ». Je ne pointe pas particulièrement du doigt la majorité en place : c'est une politique qui dure depuis quarante ans. On s'est trouvé à poil sur les denrées alimentaires même si, malgré les craintes, ça a tenu. On s'est trouvé à poil sur les médicaments. Les principes actifs étaient envoyés à l'autre bout du monde, et on s'est trouvés dépendants de la Chine, de l'Inde, en étant incapables de produire des hypnotiques, des sédatifs. Concrètement, on a demandé aux médecins de moins en utiliser, ce qui signifie que des gens sont décédés dans la douleur. Ce serait nier le réel que d'affirmer le contraire. Je ne dis pas que c'était un phénomène massif, mais il a existé. Enfin, nous avons été incapables de produire des masques, des blouses et des surblouses. Pendant des mois, pour reprendre les mots d'une infirmière, le « soldat s'est fabriqué sa propre armure ». Ce n'est ni une fable, ni un film d'épouvante : ça a été la réalité de ce printemps, que le Président de la République, comme à peu près tous les gouvernants, ont reconnue.

La question est de savoir comment on fait aujourd'hui pour se réapproprier cela. Vous donnez une définition orwellienne de la souveraineté, en considérant qu'il faut qu'on soit hypercompétitif dans un secteur et qu'on dispose d'une grande chaîne de production. Ce que vous appelez la souveraineté, c'est la non-souveraineté. Ce sera peut-être un endroit où on fera de l'argent, qui sera bon pour le commerce extérieur, mais ça ne nous apportera pas les leviers industriels pouvant être actionnés en cas de crise, sanitaire ou autre, pour ne plus être à poil.

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