Intervention de Jean-Bernard Lévy

Réunion du mercredi 10 février 2021 à 15h00
Commission des affaires économiques

Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d'EDF :

Je demande très respectueusement à M. Adam s'il croit vraiment que, lorsque l'entreprise dit qu'elle a multiplié les contacts avec les organisations syndicales depuis deux ans, celles-ci peuvent sincèrement expliquer qu'il n'y a pas eu de dialogue social. Je comprends que le militantisme appelle quelques fois à des réactions un peu vives et à des discours un peu simplistes, mais la direction générale d'EDF et de nombreux collaborateurs en charge de ces sujets engagent des échanges avec les organisations syndicales depuis que le Président de la République m'a demandé de préparer une réforme. De la même manière, nous avons porté auprès des cadres et des salariés en général les grands enjeux de la réforme. Ce dialogue est toutefois interrompu depuis deux mois, ce qui n'est évidemment pas du fait de la direction générale d'EDF. Je n'ai cessé de rappeler à nos interlocuteurs que notre porte restait ouverte pour parler de cette réforme et de toute alternative qu'ils pourraient proposer. Le dialogue social est indispensable à la bonne marche des opérations industrielles et du système public de l'électricité. J'espère donc qu'il pourra continuer.

Mme Bouchet Bellecourt nous a parlé de scission et de démantèlement. Je lui dirais très respectueusement que j'ai passé beaucoup de temps à décrire le groupe intégré que nous essayons de construire. « Groupe intégré » ne signifie pas « groupe uniforme. » Ce n'est pas un groupe dans lequel tous les salariés font la même chose. Il s'agit d'adapter l'organisation d'EDF à une régulation qui va changer tout en restant conforme aux règles de l'Union européenne. Nous essayons de construire un groupe intégré qui sera un peu différent du groupe que nous connaissons.

EDF a déjà connu des réformes importantes. RTE, qui était un simple département d'EDF il y a une vingtaine d'années, est aujourd'hui devenu une société totalement indépendante parce que des directives européennes nous ont imposé une séparation très forte entre EDF et RTE. Nous avons pendant longtemps été un EPIC, mais cela n'était plus possible, l'Union européenne ayant décidé une mise en concurrence dans le domaine de l'énergie. Nous sommes devenus une société cotée, mais, malgré cela, le service public a continué à fonctionner de manière remarquable, les agents ont conservé le statut des IEG, les territoires d'outre-mer bénéficient de la péréquation tarifaire et la réforme que nous essayons de construire ne change en rien la manière dont les systèmes énergétiques insulaires fonctionneront dans les territoires éloignés de l'hexagone. Cette réforme est difficile, mais elle garde intactes de très nombreuses caractéristiques du groupe. Je dirais même qu'elle renforce ENEDIS et les concessions hydroélectriques car elle fait échapper ces dernières à la menace d'une mise en concurrence qui dénaturerait profondément le parc hydroélectrique français.

Inversement, il y a des activités qui changeraient significativement si la réforme aboutissait. Il s'agirait essentiellement de la manière dont la production nucléaire est commercialisée en France. C'est le cœur des négociations, de la réforme de l'ARENH et de la réforme économique qui doit permettre à EDF d'être rémunérée à un prix convenable.

Par ailleurs, s'agissant de l'EPR et de ses capacités d'exportation, nous sommes observés par de nombreux pays. Nos interlocuteurs nous expliquent qu'il existe en réalité deux options pour doter la Pologne de six réacteurs nucléaires : l'option américaine et l'option française. Il est clair que les décisions qui seront prises sur l'organisation d'EDF, sur ses moyens et sur sa pérennité en matière de gestion du parc nucléaire, mais aussi les décisions qui seront prises par l'État français concernant la construction de nouveaux EPR auront un impact considérable sur la commande de la Pologne. Si nous parvenons à adopter une réforme qui donne un nouvel élan à EDF et qui lui permette de soutenir l'ensemble de ses programmes d'investissement et la continuité du programme nucléaire, nous renforcerons nos chances d'exporter des EPR. Cela représenterait des dizaines de milliers d'emplois pendant plusieurs années pour la France.

Les courbes de consommation sont un sujet intéressant et important. Le Gouvernement, l'État et les différents experts se sont attachés à fixer un cap pour la consommation d'électricité à l'horizon 2035 et 2050. Ce cap doit guider nos efforts pour répondre à la demande. La consommation d'électricité est amenée à augmenter de 20 % d'ici vingt ans. Les logements qui se chauffent aujourd'hui avec des combustibles fossiles passeront en effet progressivement à des systèmes électriques et nous aurons autour de nous un plus grand nombre de véhicules électriques ou à hydrogène.

Nous travaillons sur la question des déchets. Nous sommes évidemment très investis dans le projet Cigéo, qui va progressivement se concrétiser par l'installation d'une usine d'enfouissement des déchets de haute activité dans l'est de la France. Nous travaillons aussi – et c'est principalement le rôle du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) – sur d'autres solutions de plus long terme qui permettraient de réutiliser les déchets hautement radioactifs dans de nouveaux réacteurs. Différents projets ont vu le jour, y compris en France, et nous accompagnons avec nos propres moyens les efforts de la recherche publique dans ce domaine.

M. Hemedinger me parlait du lac Noir. À notre connaissance, le ministère chargé de l'énergie prépare un dossier pour voir si cette concession pourrait renaître à travers un appel d'offres et une nouvelle organisation de la gestion de l'eau.

M. Colas-Roy m'a interrogé sur le statu quo et sur la stratégie d'innovation. Le statu quo est ce qu'EDF connaît depuis des années. Néanmoins, nous avons la volonté d'innover, d'être présents sur toutes les technologies de l'avenir et de continuer à attirer des spécialistes de différents domaines pour nous accompagner dans la transition énergétique, dans les grandes mutations, dans le développement de nos technologies, mais aussi dans les usages des énergies par les territoires, par les communautés humaines, par les entreprises. Nous nous efforçons de préserver cette stratégie d'innovation, à laquelle je tiens beaucoup. La réforme nous donnera vraisemblablement plus de moyens économiques pour jouer un rôle plus important et plus facile à planifier, pour mener des stratégies d'innovation dans la durée et pour que notre pays puisse trouver en EDF un socle en matière d'innovation.

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