Intervention de Bruno le Maire

Réunion du mercredi 10 février 2021 à 17h30
Commission des affaires économiques

Bruno le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance :

Avant de préciser notre stratégie économique, je rappellerai que nous sommes toujours au cœur de la crise économique la plus grave depuis 1929. Celle-ci touche l'ensemble des économies – développées et en développement. À l'exception de la Chine qui a eu une croissance positive en 2020, tous les autres pays développés ont été en récession, situation sans équivalent depuis 1929 ou depuis la deuxième guerre mondiale. Cette crise est dure. Elle touche des secteurs entiers de notre économie et affecte des millions de nos compatriotes. Qui plus est, au fur et à mesure qu'elle se prolonge, son impact est plus dur pour certains secteurs, tandis que d'autres pans entiers de l'économie ont bien redémarré. Cela rend sa gestion plus difficile et demande des ajustements des dispositifs de soutien.

L'économie française tourne actuellement à 96 % par rapport à début 2020. Mais pour tous les secteurs touchés par les mesures de restriction sanitaire – les restaurants, les bars, les hôtels, les cafés, le secteur de la culture, celui de l'événementiel et celui du sport –, plus la crise se prolonge et plus elle est lourde à supporter. C'est précisément ce décalage entre deux économies, l'une qui tourne à près de 100 % et l'autre très durement frappée par les mesures de sécurité sanitaire, qui nous impose d'ajuster nos dispositifs de soutien.

Nous avons mis sur pied à partir de mars 2020, à la demande du Président de la République, un dispositif de soutien qui, « quoi qu'il en coûte », a permis de protéger notre économie. Il repose sur quatre dispositifs simples, que nous avons ajustés au fur et à mesure que la crise évoluait et que certains secteurs étaient plus touchés que d'autres. Le premier est le Fonds de solidarité, au titre duquel 15 milliards d'euros ont déjà été dépensés pour protéger deux millions d'entreprises – principalement des très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME). Le deuxième a été l'activité partielle, qui a permis de protéger des compétences et des salariés, et d'éviter de perdre des savoir-faire français que nous avions mis des années à acquérir. Près de 24 milliards d'euros de dépenses ont couvert jusqu'à 8 millions de salariés au plus fort de la crise. Le troisième est celui des exonérations de charges pour tous les secteurs fermés et le quatrième, les prêts garantis par l'État, les PEG. Ces derniers représentent 132 milliards d'euros décaissés pour près de 650 000 entreprises, principalement des TPE et des PME.

Nous avons adapté ces dispositifs pour tenir compte de l'évolution de la crise et de la situation sanitaire. Nous avons notamment élargi le bénéfice du Fonds de solidarité et renforcé son indemnisation qui peut désormais atteindre, pour les secteurs fermés ou associés, 20 % du chiffre d'affaires dans la limite de 200 000 euros par mois. Nous l'avons complétée par un dispositif d'indemnisation des charges fixes, qui permet de couvrir les loyers des entreprises les plus importantes, en particulier les chaînes de restaurants ou d'hôtels. Conformément à la recommandation des parlementaires, nous venons également d'ouvrir ce dispositif à des secteurs qui enregistrent moins d'un million d'euros de chiffre d'affaires mais sont très durement touchés par la crise, comme celui du sport indoor.

Ce dispositif, qui a porté ses fruits, a été salué tant par le Fonds monétaire international que par les greffiers du tribunal de commerce de Paris ou par M Benoit Cœuré, qui nous a remis un rapport à ce sujet. Notre pays est probablement celui qui a le mieux su protéger son économie, en Europe. Malgré une récession de près de 10 % en 2020, le pouvoir d'achat moyen des ménages a à peine baissé en 2020. Certes, cette tendance cache des disparités significatives mais l'écart entre la récession et la protection du pouvoir d'achat montre que nos mesures, notamment le dispositif de chômage partiel, ont été efficaces.

Par ailleurs, 35 000 faillites ont été enregistrées en 2020, contre 50 000 en temps ordinaire. Les dispositifs ont donc permis d'éviter la vague de faillites à laquelle tout le monde s'attendait. L'Unédic pariait sur 900 000 destructions d'emplois en 2020, et il y en a eu 365 000. Ce sont évidemment 365 000 suppressions de trop mais c'est près de trois fois moins que ce qui était annoncé quand la crise a commencé. En somme, nous avons su prendre la mesure de la gravité de la crise économique et activer des dispositifs de protection qui ont fait la preuve de leur efficacité. Je constate également que la plupart de nos voisins européens, en particulier les Allemands, ont adopté des dispositifs similaires, ce qui a permis de protéger globalement l'économie européenne. Nous pourrons ainsi redémarrer ensemble, le moment venu. Il est important que le marché européen, qui est notre premier marché, puisse repartir rapidement.

J'ajoute qu'il n'est pas question de retirer brutalement ces dispositifs de protection. Ceux-ci ne devront être retirés qu'une fois les mesures de sécurité sanitaire définitivement derrière nous, en tenant compte de la réalité des secteurs économiques. Certains peuvent redémarrer très rapidement, comme la restauration. En revanche, il faudra plusieurs années avant que le secteur aéronautique ne revienne à la normale. Suspendre brutalement les dispositifs de protection serait irresponsable et leur ferait perdre toute leur efficacité.

Au-delà de la protection, l'objectif est désormais d'accélérer la relance de notre économie et d'anticiper la levée des mesures de restriction sanitaire. À cet égard, je veux souligner l'exceptionnelle capacité de résistance de l'économie française. Les chiffres en témoignent, en dépit des discours des « déclinistes ». Au troisième trimestre 2020, lorsque les mesures sanitaires étaient levées, l'économie française a été l'une de celles qui ont le plus rebondi dans la zone euro, avec une croissance supérieure à 18 %. Alors que nous avions prévu une récession de 11 %, celle-ci se sera finalement établie, selon les chiffres de l'INSEE, à 8,3 %. Ce taux est très élevé, mais moins que ce que nous pensions, notamment parce que nous avons adapté les dispositifs de soutien pendant le deuxième confinement, durant lequel la baisse d'activité a été plus de trois fois moindre qu'au mois de mars. Au quatrième trimestre, l'activité économique n'a décliné que de 1,3 %. Nous sommes en phase de rattrapage. L'économie française a tous les moyens de rebondir fortement à la fin de l'année 2021 si les mesures de sécurité sanitaire peuvent être levées, parce que ses fondamentaux sont solides.

Cela suppose d'accélérer le décaissement des 100 milliards d'euros du plan de relance qui ont été votés par le Parlement il y a quelques mois. Ces 100 milliards représentent quatre points de notre richesse nationale. Notre principal objectif n'est pas d'ajouter des chiffres artificiels, mais de faire en sorte que ces 100 milliards arrivent concrètement dans les entreprises, les services publics, les territoires, les communes et les régions, afin qu'ils aient un impact direct sur l'emploi et la croissance de notre pays. Le bon débat ne consiste pas à savoir s'il faut passer de 100 à 200 milliards d'euros – ce qui ne serait qu'un chiffre d'annonces –, mais comment l'exécution du plan de relance garantit des embauches et la reprise de notre économie dans les territoires. Je serai particulièrement vigilant à cette bonne exécution et à son effet d'entraînement sur l'emploi.

En 2020, nous avons engagé 11 milliards d'euros sur les 100 milliards du plan de relance, dont 9 milliards ont déjà été décaissés. Dans ce cadre, 500 millions d'euros ont été versés à plus de trois millions de familles au titre de l'allocation de rentrée scolaire exceptionnelle. En outre, des mesures du plan « 1 jeune, 1 solution » ont bénéficié à 485 000 apprentis et ont permis de créer des emplois pour les jeunes, avec une prime pour l'embauche en contrat à durée indéterminée (CDI) de ceux de moins de 26 ans. Des mesures de soutien à l'université, aux restaurants universitaires et à l'amélioration des conditions de vie étudiante ont également été financées, de même que les mesures concernant la mobilité durable. La SNCF a ainsi perçu près de 4,5 milliards d'euros – soit quasiment la moitié du montant décaissé en 2020 – pour le développement de son fret et l'entretien de son réseau, mais aussi l'investissement dans les petites lignes auxquelles nous sommes tous attachés. Toujours au titre de la mobilité durable, nous avons investi dans les primes à la conversion : 270 000 particuliers ont bénéficié de ces aides, pour un montant de 470 millions d'euros. Nous avons valorisé les véhicules électriques, dont la part de marché a triplé pour passer de 1,9 à plus de 6 %. S'agissant de la construction et du bâtiment, nous avons engagé des mesures de rénovation énergétique et doté la DSIL, dotation de soutien à l'investissement local, à hauteur d'un milliard d'euros.

Le plan de relance est donc bien engagé. Il donne des résultats sur le terrain et nous permet de répondre aux grands objectifs de la relance – une relance durable, respectueuse de l'environnement et qui permet d'engager la reconquête industrielle à laquelle nous aspirons.

Les programmes destinés au volet industriel font partie de ceux qui fonctionnent le mieux. Ainsi, qu'il s'agisse de la digitalisation et de la robotisation des entreprises ou des appels à projets pour la relocalisation de chaînes industrielles, nous avons plus que triplé les montants disponibles pour répondre à la demande des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI) industrielles. Alors que nous avions prévu 280 millions d'euros pour la seule digitalisation des entreprises, ce sont 700 millions qui seront effectivement décaissés dans la mesure où les entreprises industrielles se sont saisies des possibilités offertes.

Concernant la relocalisation et le développement des chaînes industrielles, nous avons quasiment triplé le montant prévu puisque toutes les entreprises répondent aux appels d'offres et font des propositions. L'entreprise Lacroix Electronics, que j'ai visitée hier dans le Maine‑et-Loire, utilisera ainsi 800 000 euros du plan de relance auxquels s'ajouteront 500 millions d'euros de la DSIL – soit près de 1,3 milliard d'euros pour relocaliser une activité électronique à proximité d'Angers et créer des lignes de production qui, sinon, auraient été installées dans d'autres pays européens.

Ma détermination est très claire : nous continuerons à protéger et nous accélérons la relance. Tels sont les objectifs que nous nous sommes fixés avec le Président de la République et le Premier ministre. L'économie française a tout pour réussir. Cette crise doit être l'occasion de la faire évoluer vers une économie plus durable et plus respectueuse de l'environnement. Elle doit nous offrir la possibilité de créer de nouvelles chaînes de valeur industrielles. Nous utiliserons chacun des jours qui viennent pour accélérer la relance de notre économie.

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