Intervention de Laurence Borie-Bancel

Réunion du mercredi 3 novembre 2021 à 15h00
Commission des affaires économiques

Laurence Borie-Bancel :

S'agissant de l'acceptabilité des énergies renouvelables, notamment de l'éolien, à CNR, comme à la Compagnie du vent, nous ne développons jamais un projet contre un territoire – si une collectivité s'y oppose, le projet n'est pas mené à son terme. Il ne faut pas oublier que CNR est également financeur, constructeur et exploitant, ce qui suppose de s'inscrire dans le long terme. Le fait de devoir exploiter pendant vingt-cinq ans l'ouvrage qui aura été construit est une garantie de qualité.

Une autre piste pour favoriser l'acceptabilité de l'éolien et du photovoltaïque consiste à proposer une participation au capital pour certains projets. J'ai conscience que, dans certains territoires, les habitants ne veulent plus d'éoliennes, car elles y sont déjà nombreuses et que leur développement n'a pas été mené correctement. Mais ces contre-exemples ne doivent pas freiner le déploiement de l'énergie éolienne et photovoltaïque, qui doit au contraire être accéléré, ainsi que l'a récemment rappelé la ministre.

Ce que je retiens du rapport de RTE et des propos de son président, c'est la nécessité, quel que soit le scénario, d'accélérer le développement des énergies renouvelables. En effet, même dans le scénario le plus favorable au nucléaire, il est prévu une capacité de 70 gigawatts en photovoltaïque, 40 gigawatts en éolien terrestre et 22 gigawatts en éolien offshore alors que celle-ci est aujourd'hui respectivement de 12, 17 ou 18 et zéro gigawatt. Dans ce contexte, CNR a décidé dans sa stratégie 2030 de porter sa production solaire et éolienne de 1 000 à 4 000 mégawatts à l'horizon 2030.

Face aux événements climatiques tels que les crues, CNR travaille avec Voies navigables de France pour limiter la navigation. Nous adaptons également notre production afin de ne pas accroître les difficultés liées aux événements climatiques et nous sensibilisons le grand public aux événements climatiques majeurs. Toutefois, la responsabilité de la gestion des crues incombe à l'État.

CNR travaille sur plusieurs projets de démonstrateurs d'hydrogène vert. Ainsi, une station-service, appelée Quai des énergies, mise en service sur le port de Lyon Édouard-Herriot, permet aux véhicules de s'approvisionner en biogaz et en électricité et, à partir de début 2022, en hydrogène grâce à un petit électrolyseur. Nous avons également dans nos cartons le projet ÔH2 qui prévoit l'installation d'un électrolyseur sur le port de Lyon Édouard-Herriot pour produire de l'hydrogène destiné à la mobilité et d'un électrolyseur de taille plus importante sur le site de Pierre-Bénite destiné à des usages industriels. Le projet Jupiter 1 000 est plus avancé que les autres. Réalisé en partenariat dans l'enceinte du port de Marseille à Fos-sur-Mer, il consiste à produire de l'hydrogène vert à partir des éoliennes installées à proximité afin de l'injecter dans le réseau de transport de gaz.

Quant aux conflits d'usages et à leur possible exacerbation par la diminution du débit du Rhône, nous menons des études pour évaluer la situation actuelle avant de trouver, avec l'État et les collectivités, des solutions pour limiter les futurs conflits.

Dans la perspective de la prolongation de la concession, nous avons prévu d'adapter notre organisation et de procéder à des recrutements. CNR compte 1 400 salariés et accueille 90 alternants, ce qui mérite d'être souligné. Elle s'engage par ailleurs fortement dans la formation de ses salariés, puisque ses plans de formation y consacrent 55 000 heures, soit une semaine de formation par collaborateur. En outre, nos partenariats avec les écoles et les universités nous aident à recruter des personnels formés pour le présent et le futur.

Monsieur Herth, ce que vous avez vu sur notre site vous paraît trop beau pour être vrai, mais nos ambitions sont très fortes. Nous investirons 500 millions d'euros afin de financer la construction de six nouvelles petites centrales hydrauliques qui permettront d'utiliser le débit réservé à nos ouvrages et de suréquiper ainsi les infrastructures existantes ; ils financent aussi l'augmentation de la capacité de production en mégawatts et en térawattheures de notre aménagement de Montélimar. Nous étudions l'opportunité d'un nouvel ouvrage à Saint-Romain-de-Jalionas doté d'une capacité de production de 37 mégawatts, soit 0,15 térawattheure supplémentaire dont la construction donnerait lieu à une concertation avant que l'État ne prenne la décision finale. Les 500 millions d'euros permettront aussi de doubler deux portes d'écluses afin de renforcer leur fiabilité dans la perspective de l'augmentation du trafic fluvial. À ce montant, il faut ajouter la dotation des « plans5Rhône » à hauteur de 165 millions d'euros tous les cinq ans, ce qui représente au total près de 1 milliard d'euros d'investissement sur une période de dix-huit ans.

Les « plans5Rhône » sont destinés à financer le développement d'énergies renouvelables non matures, comme le photovoltaïque bifacial, flottant et linéaire ainsi que la poursuite de nos actions dans le domaine de la biodiversité – nous avons déjà réhabilité 120 kilomètres de lônes. Les nouvelles petites centrales hydrauliques seront équipées de passes à poissons pour assurer la continuité écologique. Les « plans5Rhône » permettront également d'accompagner le développement d'une agriculture durable. Nous menons ainsi un projet d'agrivoltaïsme avec le lycée horticole de Dardilly.

Dans le domaine de la navigation, CNR a créé un simulateur grâce auquel les pilotes peuvent s'entraîner en conditions réelles à la navigation sur le Rhône. Nous mettons à la disposition des navigants un centre de gestion de la navigation opérationnel vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept afin de communiquer des informations sur les conditions de navigation. Pour développer la navigation touristique, nous installerons des prises haute tension sur la vingtaine de sites portuaires de CNR afin que les petits paquebots qui naviguent sur le Rhône puissent utiliser l'électricité plutôt que de brûler du fioul et de polluer.

La poursuite de la construction de la Via Rhôna est un exemple concret d'aménagement du territoire. Cette piste cyclable, sur laquelle on peut aussi courir – je le fais souvent le week-end –, permettra à terme d'aller du lac Léman jusqu'à la mer Méditerranée. Nous accompagnons aussi des projets d'installation de bases nautiques ou de réhabilitation autour des berges du Rhône.

Il est très important pour moi de mener à bien le plan stratégique, qui sera revu tous les deux ans afin de procéder aux inflexions nécessaires pour rester dans la bonne direction, celle de la transition écologique.

Monsieur Herth, s'agissant du partage de l'eau avec l'Espagne, à ma connaissance, rien n'est encore décidé.

En conclusion, j'insiste sur ma motivation pour présider cette belle entreprise au modèle unique et vertueux.

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