Intervention de Jean-François Doridot

Réunion du mercredi 1er septembre 2021 à 15h30
Mission d'information visant à identifier les ressorts de l'abstention et les mesures permettant de renforcer la participation électorale

Jean-François Doridot, directeur général d'IPSOS :

Jean-Daniel Lévy a raison : quand on propose fromage et dessert, les gens sont pour ! Toute mesure facilitant le vote augmenterait la participation. Cependant, comme dans tout débat qui n'est pas prioritaire dans l'opinion, les personnes interrogées répondent très favorablement aux questions générales. Si le débat était plus structuré, qu'on évoquait les désavantages de ces nouveaux modes de scrutin, les risques de fraude, ou encore les disparités de vote en cas de survenance d'un événement très grave au milieu d'une élection qui s'étale sur plusieurs jours, sans doute l'opinion serait-elle un peu moins favorable.

En outre, même si un élargissement des modalités de vote contribuerait à la hausse de la participation, il ne résoudrait pas le problème de la défiance vis-à-vis du politique, ni la question de l'utilité du vote. Je me suis peut-être mal exprimé. Il ne s'agit effectivement pas d'indifférence, mais d'un questionnement des citoyens : si je vote, qu'est-ce que cela va changer dans mon quotidien ? S'il n'y a pas de bénéfices pour moi ou pour ma famille, pourquoi irais-je voter ?

Enfin, un sujet n'a pas été abordé : le mode de scrutin. La proportionnelle n'est sans doute pas la panacée, mais elle permet de représenter tous les courants de la vie politique. Lors des scrutins majoritaires à deux tours, certains électeurs se déplacent en sachant que leur candidat n'a aucune chance de passer le premier tour – c'est le cas de ceux qui votent pour Lutte ouvrière, par exemple. Même si les élections de 1986 sont loin, elles font partie de celles qui ont connu le moins d'abstention.

Comment gérons-nous nos échantillons ? Lors de l'élection présidentielle de 2017, avec le CEVIPOF, nous disposions d'un énorme panel de 20 000, puis de 15 000 personnes, et nos résultats, comme ceux de tous nos confrères, étaient bons. Mais avec un tel panel, vous avez exactement les mêmes biais qu'avec 1 000 ou 1 500 personnes. Cela nous a simplement permis de mieux comprendre les ressorts du scrutin – par exemple, en analysant plus finement le vote des hommes de 18 à 24 ans habitant en milieu rural.

J'ajoute que si les sondages sont très fiables pour ce qui concerne les dynamiques électorales, en revanche la bonne évaluation des niveaux peut poser des problèmes pouvant persister durant toute une campagne. J'ignore si nous rencontrerons de telles difficultés en 2021 – les problèmes diffèrent d'une élection à l'autre, c'est ce qui fait à la fois le charme et la difficulté de ce métier. Pour reprendre l'exemple cité par M. Lévy, notre dernière enquête avant les régionales concluait à une participation à hauteur de 38 % ; comme il y a toujours une mobilisation de l'électorat dans les derniers jours, nous avions donc tablé sur une participation de 40 % ou 41 % – c'est d'ailleurs ce que nous avions déclaré à la Commission des sondages. Or cette mobilisation n'a pas eu lieu, ce qui est tout à fait inédit et nous renvoie à la question du sentiment d'inutilité du vote.

Il faut donc à la fois se méfier des niveaux indiqués – quand deux candidats sont crédités l'un de 21 %, l'autre de 20 %, il y a toujours une marge d'erreur – et être attentif aux dynamiques mises en évidence par les sondages.

Comme le soulignait Adélaïde Zulfikarpasic, il existe néanmoins une grande différence entre les enquêtes nationales et des enquêtes régionales. Si l'on sait générer de manière aléatoire des numéros de téléphone à l'échelon national, on ne sait pas le faire à l'échelon local ; il est extrêmement difficile d'obtenir des enquêtes représentatives avec cette méthode. Le sondage par internet est celle qui comporte aujourd'hui le moins de biais. Il reste qu'ils existent et que, dans tous les cas de figure, les enquêtes locales sont moins fiables, et cela quel que soit le nombre de personnes interrogées.

Je terminerai par quelques éléments de prospective concernant les élections présidentielle et législatives à venir. En utilisant les mêmes outils, on note, pour ce qui concerne les intentions de participation, une différence de dix points avec les précédentes : en septembre 2016, 67 % des personnes interrogées déclaraient être certaines d'aller voter ; elles sont 57 % aujourd'hui. Si l'on va dans le détail, ce sont dans les catégories les moins favorisées et chez les jeunes que le recul est le plus net. Chez les retraités et les plus âgés, il est de trois ou quatre points, alors qu'il est de quatorze ou quinze points chez les jeunes.

Ce qui est un peu plus rassurant, c'est que, s'agissant d'une échelle de 0 à 10, l'évolution touche surtout les personnes qui se situent entre 8 et 10. Le nombre de ceux qui ont véritablement décroché – entre 0 et 5 – reste à peu près stable. Il s'agit donc pour l'essentiel de personnes qui se posent la question de l'utilité de leur vote. On peut par conséquent espérer les rattraper, même si la participation sera probablement moindre que lors des précédentes élections.

Il reste qu'il est difficile de faire des pronostics à l'avance : tout dépendra de l'offre électorale, des enjeux de l'élection, du caractère serré ou non du premier tour. Il y a cinq ans, on annonçait que la participation à la présidentielle serait catastrophique et, en définitive, elle fut plus qu'honorable. Tout cela est très incertain – mais il convient d'être attentif, notamment au décrochage des jeunes.

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