Intervention de Corinne Narassiguin

Réunion du mercredi 27 octobre 2021 à 14h00
Mission d'information visant à identifier les ressorts de l'abstention et les mesures permettant de renforcer la participation électorale

Corinne Narassiguin, secrétaire nationale à la coordination, à la communication et aux moyens du Parti socialiste :

Nous sommes favorables à une expérimentation sur le vote blanc, qui nous paraît plus envisageable que le vote obligatoire. L'obligation de voter ne nous paraît pas être une bonne solution : cela risque d'encourager encore plus le vote de rejet et ne résoudra pas le cœur du problème, qui est d'inciter les gens à voter, non pas par défaut ou par rejet, mais sur le fondement d'un choix politique.

L'existence de 450 partis politiques est une question en soi ; elle tient au financement des partis politiques, qui incite à la multiplication des micropartis. La volatilité de l'électorat est de plus en plus forte, les gens se décident de plus en plus tard. En 2017, deux tiers des électeurs ont changé d'avis dans les deux à trois mois avant le scrutin. Ceux qui se décident dans l'isoloir sont de plus en plus nombreux. Cela pose la question de la clarté des différentes offres. Je continue à croire au clivage gauche-droite, et je crois que les Français aussi, même s'ils donnent l'impression contraire. Dans tous les sondages, quand on demande à nos concitoyens de se situer sur l'échelle gauche-droite, ils savent très bien le faire, et quand on leur demande d'y situer les personnalités ou les partis politiques, ils le font aussi. Le clivage existe, mais les citoyens ont arrêté de penser que les partis politiques incarnent ce clivage et les valeurs qu'ils prétendent défendre. C'est à nous de recréer le lien de confiance, de les convaincre à nouveau que nous défendons bien des idéaux.

Pour rétablir la confiance, il faut aussi travailler sur la participation à l'évaluation des politiques publiques, par exemple dans le cadre d'organismes indépendants qui consultent les citoyens dans ce but.

La crédibilisation du politique par l'exemple n'est pas facilitée par l'organisation de la vie parlementaire : les semaines de contrôle, qui ne sont pas suffisamment prises au sérieux, sont désertées ; les moyens de contrôle des députés sont insuffisants ; les propositions de loi sont examinées dans le cadre de niches parlementaires, l'ordre du jour du Parlement étant fixé par le Gouvernement. Il n'est pas nécessaire de changer de République pour réformer le droit de fixer l'agenda du Parlement.

Nous devons également assumer les dégâts que nous avons causés nous-mêmes en allant dans le sens du populisme, en faisant croire que les élus ne sont pas des gens dignes de confiance, qu'ils coûtent cher et ne servent à rien, en donnant par défaut toujours plus de pouvoir à la technocratie. En acceptant, par électoralisme, d'avoir moins de moyens pour fonctionner, nous nous sommes déconsidérés. Comment voulez-vous rétablir la confiance si vous acceptez d'entrer dans ce jeu ? Cela fait partie des choses sur lesquelles il faut qu'on s'interroge.

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