Intervention de Pierre Ouzoulias

Réunion du jeudi 9 décembre 2021 à 9h30
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Pierre Ouzoulias, sénateur, rapporteur :

. – Merci monsieur le président. Nous partageons complètement l'analyse de Sonia de La Provôté. Les étudiants en médecine sont maintenant entrés dans une phase post-traumatique. Ce qui serait sans doute extrêmement dangereux – tous les spécialistes nous l'ont dit –, c'est de considérer que, l'« épisode » de la Covid étant passé, on pourrait revenir au traitement des étudiants en médecine tels qu'ils le subissaient – j'emploie ce mot à dessein – avant cet épisode-là. Ce serait catastrophique car avec ce qu'ils ont vécu, ils ont au contraire besoin aujourd'hui d'un surcroît de sociabilité. Or, il n'est pas du tout sûr que l'université puisse le leur apporter. Donc Sonia de La Provôté a tout à fait raison : les risques sont surtout présents maintenant et je ne suis pas sûr qu'ils aient été parfaitement identifiés comme tels. Pour parler très paternellement, on a sorti les gamins des salles de réanimation et on les a remis chez eux ou chez elles devant leur écran. Pour autant, je pense que le traumatisme qu'ils ont subi ne va pas s'effacer comme ça, il est encore extrêmement fort.

Bruno Sido a évoqué la relation villes-campagne. J'aimerais vous faire part de l'exemple que j'ai personnellement vécu. Nous avons été enfermés à quatre dans un appartement des Hauts-de-Seine avec l'impossibilité de sortir ou de faire quoi que ce soit, alors que pendant ce temps, mes parents étaient en Haute-Corrèze sur le plateau de Millevaches et marchaient 10 kilomètres par jour. Ils regardaient la télévision en me disant que ce que vous vivions était terrible, que c'était la guerre chez nous. J'aurais bien voulu les rejoindre mais je ne voulais pas qu'un sénateur alto-séquanais soit vu sur une route corrézienne, donc je suis resté chez moi. En effet, tout le monde n'a pas vécu le premier confinement de la même façon. Je dirais que les règles de sociabilité classiques en milieu rural ont eu un effet d'amortisseur extrêmement important, alors qu'au contraire, quand on est seul en ville – et je l'ai ressenti – la solitude peut être vraiment extrême. Même le voisin de palier a tendance à vous oublier dans ces moments-là.

Bruno Sido a aussi posé une question très forte et très juste, parce qu'elle est au fond de notre engagement politique : jusqu'à quel point une société humaine comme la nôtre peut-elle résister à des accidents nationaux tels que celui-ci ? Je pense que l'on peut tirer des enseignements de la crise que nous avons vécue, même si c'est difficile. Je partage complètement votre analyse : nos populations vont être soumises à des chocs encore plus considérables. Vous parliez du réchauffement climatique, il est évident qu'il y a des populations entières – voire des départements entiers – dont il va falloir revoir l'aménagement territorial avec la montée des eaux. Je pense à la Vendée, à la Charente : on sait très bien que l'on ne pourra pas sauver de la montée des eaux des parties importantes de ces départements. Il va donc falloir envisager le déménagement de ces populations vers de nouveaux territoires et regarder comment se passe leur incorporation dans ces territoires. Nous sommes face à des défis majeurs. Quel peut être l'apport des politiques que nous sommes ? Je pense qu'il faut se pencher sur quelque chose de fondamental, la perte de chance. Je le vois très bien avec les étudiants car j'ai encore des relations avec certains à l'université : à quoi ça sert de se lever tôt le matin pour enchaîner 5 heures de visioconférence dans une solitude absolue, sans aucune interaction sociale ? Le soir, l'étudiant ferme son ordinateur et se dit : « Mon Dieu, qu'est-ce qu'a été ma journée ? » Je pense que ce que nous pouvons apporter à une population qui sera face à des enjeux de ce type, c'est redonner du sens à la vie, à l'existence et à la vie en collectivité, redéfinir un horizon d'attente pour la nation, lui dire qu'elle va franchir des obstacles qui sont difficiles – sans lui cacher que ça va être compliqué – mais lui offrir un point lumineux à l'horizon pour essayer de mobiliser tout le monde et, dans un élan collectif, de dépasser ces aléas. Je suis désolé, c'est une réponse un peu lyrique et facile et c'est l'exécution qui est compliquée… Aujourd'hui, la première responsabilité des politiques est de redonner du sens à chacun et à la société en général.

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