Intervention de Stéphane Piednoir

Réunion du jeudi 28 octobre 2021 à 14h00
Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

Stéphane Piednoir, sénateur :

‑ Comme l'a dit le président Cédric Villani, nous avons remis en juillet un rapport sur non pas l'arrêt, mais la suspension du projet de réacteur ASTRID. La sémantique est importante dans ces temps de débat sur le nucléaire, puisque cela veut dire que nous avons un espoir de reprendre ce programme.

Je ne sais pas si nous avons tout l'après-midi et une partie de la soirée pour débattre du futur énergétique de la France et de la concurrence – ou la complémentarité – entre les énergies renouvelables et l'énergie nucléaire. Je suis plutôt partisan d'une complémentarité. Je vais m'attacher à poser des questions à la fois sur la production d'électricité en tant que telle et les énergies renouvelables.

Vous avez basé vos scénarios sur une augmentation de 35 % des besoins en électricité à l'horizon 2050. C'est le scénario de référence. Ceci ne manque pas de nous interpeller car d'autres pays ont fait des choix plus ambitieux. Le commissaire européen Thierry Breton lui-même table plutôt sur une augmentation de l'ordre de 50 %, qui est peu ou prou celle envisagée aussi par l'Allemagne et la Grande-Bretagne ; certains scénarios vont même jusqu'à plus 70 %. On a bien compris que ce ne sont pas uniquement des besoins nouveaux en énergie, mais qu'une partie de cette augmentation résulte de la conversion à l'électrique des besoins industriels, du parc automobile et – pourquoi pas – des poids lourds. Pourquoi cette modération dans l'étude RTE ? Vous avez commencé votre présentation en disant qu'à chaque fois, vous avez souhaité retenir une option de prudence sur tous les scénarios, mais le taux de 35 % ne vous semble-t-il pas minoré par rapport à nos voisins ?

Deuxièmement, dans ce contexte de leadership de la France sur la production d'électricité, dont on sait qu'elle reste issue du parc nucléaire à hauteur de 70 % encore aujourd'hui, est-ce qu'il existe un potentiel d'exportation d'électricité vers nos voisins ? Nous savons produire de l'électricité à moindre coût par rapport à eux, alors qu'ils sont demandeurs et – on peut se le dire entre nous – pris par certaines contradictions. Je pense évidemment à l'Allemagne, qui a été obligée de rallumer certaines centrales à charbon et qui s'oriente aujourd'hui massivement vers le gaz.

J'ai bien noté qu'il fallait développer les énergies renouvelables – je suis d'accord là-dessus – mais que se passer du nucléaire impliquerait un rythme de développement de celles-ci plus rapide que celui des pays les plus avancés dans ce domaine. Si l'on prend l'Europe au sens large, est-ce la référence à la Norvège, souvent citée en exemple, que vous avez en tête ? N'est-ce pas en fait une manière de dire que notre pays n'a pas le potentiel nécessaire pour aller vers ces scénarios très favorables aux énergies renouvelables, et en quelque sorte qu'il faut regarder les choses en face, être un peu plus pragmatique et éviter de rêver à des futurs qui n'existeront jamais ?

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