Intervention de Bruno Ferreira

Réunion du mercredi 15 septembre 2021 à 14h30
Mission d'information sur la résilience nationale

Bruno Ferreira, directeur général de l'alimentation au ministère de l'agriculture et de l'alimentation :

Tout à fait. Je citais dans mes propos introductifs le risque lié à la peste porcine africaine. Ce virus a mis à mal toute la filière porcine en Chine. Il est aujourd'hui présent dans les pays de l'est de l'Europe, en Pologne, en Bulgarie ou en Roumanie. Dans ce dernier pays, la carte des foyers met clairement en évidence une situation alarmante sur l'ensemble du territoire. La totalité du pays est contaminée et cela met en grande difficulté l'élevage familial, qui est la forme d'élevage la plus courante en Roumanie.

Si un cas de peste porcine africaine survenait en Bretagne, l'impact serait immédiatement significatif. En effet, pour lutter contre ces dangers sanitaires, nous n'avons pas d'autres choix que de procéder à l'abattage des animaux et à la destruction des carcasses. Pour certaines maladies, d'autres solutions peuvent prévaloir, telles que la vaccination, mais cela n'est pas le cas pour la peste porcine africaine.

De plus, la peste porcine nécessite une action très rapide. En effet, si la peste porcine africaine s'introduisait dans une zone de forte production porcine en Bretagne, cela conduirait à un blocage des exportations nationales, car la plupart des pays importateurs ne souhaiteront pas importer de viande d'une zone affectée. Nous serions alors contraints de réquisitionner les abattoirs pour abattre les animaux et créer le vide sanitaire requis pour permettre l'éradication du virus.

Nous avons des plans nationaux d'intervention sanitaire d'urgence calqués sur le dispositif d'organisation de la réponse de sécurité civile (ORSEC). Ils sont mis en pratique via des exercices réguliers au sein des services régionaux et départementaux, afin de se préparer à ce type de situation.

J'étais directeur de la gestion de crise à la DGAL lorsque nous avons subi deux épisodes majeurs d'influenza aviaire en 2015 et 2016. L'an dernier, nous avons vécu un nouvel épisode de cette maladie – c'est Mme Virginie Alavoine qui était alors directrice de gestion de crise. Nous avons dû faire abattre plus de dix millions de volailles. L'impact est forcément majeur.

Selon le niveau d'autosuffisance national observé dans les filières, les conséquences des maladies et des virus peuvent être ressenties au niveau de l'approvisionnement. Cela n'a pas été le cas en France, mais si la peste porcine africaine apparaissait à l'avenir sur le territoire national, elle pourrait mettre à mal les circuits d'approvisionnement, notamment pour les industries de la charcuterie.

Pour d'autres espèces, certaines maladies – la fièvre aphteuse par exemple – nécessitent également d'abattre les animaux pour éviter la dispersion des bactéries ou des virus.

L'un des derniers épisodes de fièvre aphteuse a eu lieu en 2001 au Royaume-Uni. Nous avions alors recensé quelques cas en France, mais la crise avait pu être jugulée très rapidement, ce qui n'avait pas été le cas au Royaume-Uni.

La question cruciale est la suivante : comment est-il possible d'agir, lorsque la vaccination n'est pas envisageable ou que cette vaccination représente une entrave à la circulation des produits issus des animaux concernés ? Les seules méthodes disponibles pour lutter contre ces maladies très contagieuses restent l'abattage et l'élimination des cadavres. Or ces méthodes se heurtent de plus en plus à des difficultés en termes d'acceptabilité pour les populations.

Par le passé, pour la fièvre aphteuse, nous avions recours aux bûchers d'animaux. Ce dispositif serait difficilement applicable aujourd'hui au regard de l'évolution du niveau d'acceptabilité.

Par conséquent, nous travaillons en collaboration avec des scientifiques sur d'autres méthodes. Cette recherche n'est pas aisée. S'agissant de la peste porcine africaine, des recherches sont en cours depuis des années pour trouver un vaccin.

On annonce que des vaccins seraient disponibles. Mais ces vaccins protègent l'animal sans empêcher la diffusion de la maladie. Dans un contexte d'élevage, nous ne réglons pas les difficultés. Or les menaces sont réelles. La semaine dernière, un foyer d'influenza aviaire a été confirmé dans les Ardennes. Un foyer de peste porcine africaine a été recensé en Belgique il y a quelques années. Ce foyer est désormais éradiqué, mais il a eu des conséquences très importantes en termes de dépeuplement d'élevages, d'abattage et de limitation de la circulation des personnes dans la zone forestière concernée.

Les conséquences de ces maladies peuvent donc être très importantes et elles peuvent effectivement mettre à mal certaines filières de production.

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