La crise liée au covid préfigure selon moi ce que seront les crises à venir. Les manuels de gestion de crise écrits il y a trente ans ne permettent pas de les comprendre. Ils décrivent davantage des crises liées à un risque technologique majeur qu'il est possible d'anticiper à l'aide de cartographies efficaces. La pandémie montre que les crises actuelles sont mutantes et protéiformes, à l'image du virus auquel nous sommes confrontés. Leur recomposition permanente les rend insaisissables.
L'idée que l'anticipation de la crise est suffisante pour y faire face de manière adaptée s'effondre en raison des caractéristiques aléatoires et imprévisibles de celle-ci, qui évoquent « l'effet papillon » décrit par Edward Lorenz en 1972. Les limites de l'anticipation face aux conséquences des crises évoquent le fonctionnement des virus informatiques, qui exploitent les interstices des protections existantes. L'imprévisibilité et la soudaineté sont deux termes au cœur de nos enseignements. La crise survient toujours de manière imprévue, et, même lorsqu'on parvient à l'anticiper, ses effets ne sont pas ceux qui avaient été imaginés.