Vous avez montré comment, au fil des siècles, la République avait fait face à des situations d'urgence. Après avoir abordé la décision dans le temps court, j'aimerais revenir sur le temps long. La résilience est la capacité de penser l'évolution du monde, car, en tant que décideurs politiques, il nous revient d'estimer le niveau d'investissement dans l'assurance vie de la nation, dans les dépenses militaires ou les stocks de masques par exemple. Je m'interroge sur notre capacité à gérer le temps long. La crise peut survenir brusquement et notre effort à construire des réponses collectives est très long, tant pour la formation des professionnels que pour l'acculturation des citoyens. Quel est le bon équilibre des pouvoirs entre le Parlement et l'exécutif pour gérer ce temps long, sachant que le Parlement a montré depuis la Seconde Guerre mondiale qu'il était en mesure de gérer de tels sujets ?
Comment voyez-vous le rôle de l'appareil d'État, des fonctionnaires, des militaires ? Le poids de l'État est très profond dans la décision aujourd'hui, tout comme celui des administrations centrales dans la manière de produire de la décision publique par les règlements et les lois. Quel regard historique portez-vous sur l'État profond et sa capacité à voir loin ? Le nucléaire militaire est un exemple de grande continuité depuis Charles de Gaulle, car certains restent présents malgré les alternances au pouvoir.