Intervention de Thierry Tingaud

Réunion du jeudi 8 octobre 2020 à 9h30
Mission d'information sur le thème « bâtir et promouvoir une souveraineté numérique nationale et européenne »

Thierry Tingaud, président du Comité stratégique de la filière Industrie électronique :

J'évoquerai les grandes perspectives de la filière électronique. Il est important de comprendre que la filière est composée de quatre axes. Notons que le terme « électronique » est assez générique. Ces quatre axes sont : les composants électroniques, c'est-à-dire le hardware que vous évoquiez ; les cartes et assemblages électroniques, soit l'axe qui achète les composants, les monte sur les cartes, les soude, les teste et en assure la revente ; le syndicat professionnel de la distribution de vente de composants électroniques ; les logiciels temps réel embarqué, axe représenté au sein de la filière par Embedded France.

Les équipements finaux, tels que les téléphones portables ou les infrastructures télécoms, ne font pas partie des axes de la filière. En revanche, la filière est l'un des fournisseurs de ces équipementiers.

À propos de ces enjeux, un plan a été lancé à travers un projet important d'intérêt européen commun (PIIEC), le premier initialisé en Europe sur la nanoélectronique. Ce PIIEC regroupe quatre États : l'Allemagne, l'Italie, l'Angleterre et la France. En France, il porte le nom de plan Nano 2022, ayant fait l'objet d'une notification auprès de la direction générale de la concurrence en décembre 2018. Ce plan a pour objet de soutenir la recherche, le développement et les premiers déploiements industriels. Ce soutien est le principe du PIIEC, comme en témoigne le PIIEC sur les batteries, lancé récemment. Actuellement, les différents États discutent du lancement d'un PIIEC 2, avec un élargissement des États membres européens, dont le démarrage aurait sans doute lieu à l'horizon 2021.

Sur ce plan, sept chefs de file se distinguent en France. Il s'agit d'entreprises, basées en France, ayant des projets de recherche, de développement et d'innovation dans différents domaines.

Ce programme compte cinq piliers, concernant respectivement : le numérique, les technologies digitales et les technologies faible consommation d'énergie ; l'électronique de puissance ; les capteurs, tels que les microsystèmes électromécaniques (MEMS) permettant de réaliser des mesures (boussole, humidité ou encore hydrométrie) ; les substrats ; les outils de production.

Ce plan constitue un tronc commun aux différents acteurs européens, qu'ils soient français, allemands, italiens ou anglais. Chacun des partenaires coopère sur les différents piliers des programmes.

En France, ce programme est également soutenu avec pour chefs de file Soitec, UMC, Lynred, STMicroelectronics, CEA-Leti ou encore X-FAB. Des développements technologiques sont réalisés dans le cadre de ces programmes, alignés avec les stratégies des entreprises afin de subvenir aux besoins des différents équipementiers.

Au sein de la filière, nous dénombrons cinq axes. Le premier axe concerne l'innovation. Selon le contrat de la filière, nous devons développer les briques technologiques nécessaires aux développements des nouvelles technologies.

Le deuxième axe porte sur l'industrie électronique du futur, soit l'utilisation de l'électronique auprès des petites et moyennes entreprises (PME) et entreprises de taille intermédiaire (ETI) pour disséminer un peu plus l'électronique dans le tissu industriel français.

Le troisième axe est relatif aux compétences et emplois. Cet axe constitue un vrai sujet puisque nous avons besoin d'augmenter l'appétence des jeunes pour ce secteur.

Le quatrième axe concerne l'international. Nous nous interrogeons sur la façon de développer l'international en tenant compte du taux d'exportation global d'environ 60 % dans notre filière. Pour les composants électroniques, l'exportation s'élève à 80 % sur la réalisation du chiffre d'affaires français. Je tiens à préciser que, concernant STMicroelectronics, l'exportation est supérieure à 90 %. Il s'agit du chiffre d'affaires en France sur les usines françaises.

Le cinquième et dernier axe porte sur l'intelligence artificielle embarquée, appelée Edge Computing. Vous connaissez sans doute les informations que nous avons sur l'intelligence artificielle dans le cloud et l'utilisation des bases de données massives. Une deuxième branche apparaît, pour laquelle nous considérons que la France et l'Europe détiennent une véritable opportunité de prendre le leadership mondial. Cette deuxième branche est relative à la décentralisation de cette intelligence artificielle, afin de traiter ces algorithmes spécifiques près des équipements et non plus dans les serveurs et le cloud. Comme vous le savez, le leadership américain est très fort sur les serveurs et le cloud.

Nous travaillons dans cette direction, notamment avec les programmes d'accélération sur l'intelligence artificielle actuellement élaborés avec la direction générale des entreprises (DGE), dans le but de pousser l'écosystème français et les coopérations nécessaires, à la fois au niveau du hardware (les algorithmes logiciels avec le CEA-List, l'Institut national de recherche en informatique et en automatique [INRIA] ou d'autres organismes) et les acteurs finaux que sont les utilisateurs de l'intelligence artificielle.

Sur le contrat de la filière électronique, nous avons formé sept groupes de travail. Chacun des groupes de travail s'occupe de propositions, soit pour favoriser la recherche, le développement et l'innovation, soit pour travailler sur des coopérations transversales.

La coopération transversale avec les autres filières constitue l'un des grands axes du plan de relance que vous avez précédemment évoqué. Cette coopération est très importante. Nous avons fortement concouru à développer des solutions dans le domaine de la puissance, l'un des piliers du plan Nano 2022. Ce plan nous a permis de coopérer avec la filière automobile dans le cadre de la relance. Le but de cette coopération était d'apporter des solutions technologiques, permettant d'accélérer l'introduction des véhicules à plus basse consommation d'énergie, en particulier les véhicules 100 % électriques, hybrides rechargeables ou micro-hybrides.

Nous développons des transistors de puissance spécifiques destinés à améliorer le rendement de la conversion de l'énergie du courant alternatif en courant continu destiné à charger les batteries. Une fois la batterie chargée, il s'agit de reconvertir, pour le moteur électrique triphasé, la tension continue de la batterie en courant alternatif. Nous travaillons sur des processus de conversion d'énergie en maximisant le rendement afin d'éviter les pertes en chaleur ou dans la conversion du système.

Grâce à ces avancées technologiques sur lesquelles nous travaillons actuellement, nous allons développer des solutions de chargeurs intégrés à bord des véhicules, sur les convertisseurs permettant de convertir cette énergie, voire sur les différentes tensions. Dans les véhicules électriques, la batterie principale se situe autour de 400 volts, et jusqu'à 800 volts sur les véhicules haut de gamme. La plupart des véhicules sont équipés d'une batterie 400 volts. La batterie 12 volts traditionnelle se convertit actuellement en une batterie 48 volts. Plus la tension monte, plus cela réduit l'intensité de l'ampérage et donc le diamètre des fils de cuivre. La conséquence est une réduction du poids et de la chaleur. Avec les composants du type nitrure de gallium (GaN) que nous allons développer, cela réduira en outre le rendement thermique. Cela signifie qu'à l'avenir, nous n'aurons plus besoin de refroidissement liquide autour de l'électronique, comme les circuits de radiateurs classiques des moteurs thermiques existant actuellement. Dans le futur, le refroidissement s'opérera uniquement par air. Les conséquences sont des réductions du poids, de la consommation d'énergie et du prix. Cette solution avantageuse est en cours de développement.

Nous développons donc cet écosystème de façon transversale. Laissez-moi vous donner un exemple précis. Nous avons formulé des propositions dans le cadre du plan de relance et des 100 millions d'euros proposés à la filière automobile, en coopération avec des acteurs de cette filière. En France, ces acteurs sont Valeo, Vitesco, Renault ou encore PSA. Nous travaillons avec eux afin de créer des solutions permettant non seulement que les produits soient conçus et fabriqués en France mais également utilisés dans la fabrication des véhicules électriques.

Nous sommes environ à la moitié du plan Nano, démarré en 2018. Nous faisons des rapports annuels avec tous les acteurs. La feuille de route prévue dans le cadre du programme est respectée.

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