Intervention de Florence Parly

Séance en hémicycle du mercredi 5 mai 2021 à 21h00
Loi de programmation militaire et ses conséquences pour l'indépendance de la france

Florence Parly, ministre des armées :

Je veux aussi réaffirmer devant vous que les ressources sont et seront préservées. Ce sont celles qui ont été déterminées par la LPM, soit 198 milliards d'euros sur la période 2019-2023, avec, en 2023, une hausse prévue de 3 milliards par rapport à 2022. Comme le Président de la République l'a affirmé à Brest le 19 janvier lors de ses vœux aux armées, cet effort de remontée en puissance sera donc maintenu dans les conditions prévues jusqu'en 2023 par la loi de programmation militaire, avec pour objectif l'ambition opérationnelle fixée pour nos armées à l'horizon 2030.

D'aucuns pourraient regretter – certains d'entre vous l'ont fait, d'ailleurs – l'absence d'actualisation de la LPM elle-même, qui devait prévoir la consolidation des ressources après 2023 pour les porter à 2 % du PIB en 2025. Mais que se serait-il alors passé ?

Nous aurions fait ensemble deux constats : le premier, c'est qu'arithmétiquement, du fait des conséquences économiques de la crise sanitaire, nous en sommes déjà à 2 % du PIB, et le second, c'est qu'étant donné les incertitudes actuelles, on peut se demander qui pourrait déterminer précisément aujourd'hui quelle sera notre croissance à l'horizon 2024-2025. Faudrait-il considérer pour autant que l'objectif est atteint alors que, on le sait bien, beaucoup reste à faire ? Évidemment non ! Dès lors, concentrons-nous d'abord sur la relance de notre économie avant de réévaluer nos perspectives de croissance à l'horizon 2025.

Pour surmonter les conséquences économiques de la crise sanitaire, le Président de la République a décidé de mobiliser 470 milliards d'euros afin de soutenir certains secteurs parmi ceux qui ont le plus souffert comme, par exemple, l'aéronautique, l'automobile, le tourisme ou la culture, et le Gouvernement a mis en œuvre un fonds de solidarité pour prévenir les cessations d'activité. Cette réponse française a été l'une des plus puissantes parmi les pays développés, et elle fut exemplaire. En complément, le Gouvernement met en œuvre un plan de relance qui permettra d'injecter 100 milliards d'euros supplémentaires dans notre économie au cours des mois à venir ; rapporté à notre richesse nationale, c'est l'un des plans de relance les plus ambitieux de l'Union européenne. Et il se fait avec l'Europe, avec la solidarité des États membres, puisque l'Union européenne y contribue à hauteur de 40 %.

Pour notre défense, je rappelle que la LPM est un plan de relance à elle seule. Nous menons en effet un effort volontariste dans ce domaine. Dès le mois de juin de l'année dernière, le ministère s'est engagé pour soutenir la filière aéronautique, avec des conséquences concrètes : le 15 avril dernier, j'étais avec quelques-uns d'entre vous à Marignane, et j'ai notifié à Airbus Helicopters la commande de huit hélicoptères Caracal qui permettront de soutenir l'activité et les emplois non seulement sur ce site, mais également chez les sous-traitants qui ont, eux aussi, souffert de la crise. Parallèlement, le ministère bénéficie du plan de relance de l'économie pour accélérer sa transition énergétique à travers la rénovation thermique de nos bâtiments et ainsi contribuer aux économies des territoires. Au total, fin avril, le ministère était en mesure d'engager plus de 370 millions d'euros au-delà des crédits prévus par la LPM.

C'est seulement quand nous aurons relancé l'économie, au terme de cette crise, qu'il sera pertinent de reposer la question de la consolidation des ressources pour nos armées en 2024 et en 2025. Pour le moment, nous avons identifié de premiers ajustements capacitaires dans trois grands domaines qui renforceront notre aptitude à agir dans les conflits à venir : la détection, la protection et la préparation.

Le premier axe, intitulé « Mieux détecter et contrer », vise à renforcer la priorité que nous donnons aux renseignements en développant notamment nos capacités défensives et offensives dans le champ du cyber et du numérique. Nous allons, pour renforcer notre cyberdéfense, doubler les moyens de calcul et les capacités de stockage de données en masse, nous appuyant largement sur l'intelligence artificielle pour le traitement des données, et investirons pleinement le champ de la lutte d'influence à grande échelle en multipliant par trois notre effort en ce domaine. Le mot d'ordre est : plus vite et plus fort. Nous allons donc accélérer l'ensemble de ces commandes en prenant deux ans d'avance sur la programmation. Nous allons également, pour renforcer les moyens de surveillance, accélérer la montée en puissance de nos capacités de renseignement d'origine électromagnétique. Ce qu'il faut en retenir c'est que, demain, notre pays pourra ainsi déceler et surveiller un ennemi potentiel, et agir partout, sur terre, sur les mers, sous les mers jusqu'aux grands fonds marins, dans l'air, dans l'espace exo-atmosphérique et dans l'univers numérique.

J'en viens maintenant au deuxième axe d'ajustement, intitulé « Mieux se protéger ». Il consiste à accélérer l'effort porté sur la résilience et sur la protection de nos forces et des Français sur le territoire national, et concerne trois domaines en particulier : les risques dits NRBC – nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques –, la santé et la lutte anti-drones. La crise sanitaire que nous traversons a mis en lumière des secteurs qui nécessitent davantage d'investissements, notamment face aux risques NRBC. À titre d'exemple, dès 2022, nous commanderons plus de 20 000 masques supplémentaires de protection pour nos forces contre les menaces de type NRBC et plus de 60 000 cartouches filtrantes, sachant que des attaques chimiques ont été menées ces dernières années, en Syrie notamment. Ces équipements seront délivrés à nos armées dès 2023, soit avec quatre ans d'avance par rapport à la cible initiale de 2027.

Dans le domaine de la santé, nous améliorerons les capacités d'évacuation sanitaire des armées en commandant notamment vingt kits supplémentaires MEDEVAC – évacuation médicale par voie aérienne – pour les hélicoptères et en améliorant la prise en charge des évacuations médicales par les avions de transport tactique tels que les A400M ou bien les CASA CN-235.

Pour ce qui est de la lutte anti-drones qui, je le rappelle, fait partie de la stratégie d'innovation du ministère des armées et qui s'est affirmée comme un domaine opérationnel clef dans le conflit du Haut-Karabagh, nous travaillons sur deux fronts : d'une part, dans la recherche et développement, afin de préparer les futurs systèmes d'identification et de neutralisation des drones, et, d'autre part, sur le court terme, par l'acquisition à très brève échéance de moyens existants pour sécuriser davantage nos installations sensibles, les événements nationaux majeurs ainsi que nos forces déployées. Les moyens qui ont déjà fait leurs preuves pour protéger le G7 et le 14 juillet vont être étendus, ce qui permettra de renforcer la sécurité, notamment lors de la coupe du monde de rugby en 2023 et des Jeux olympiques et paralympiques de 2024.

J'en viens enfin au troisième axe, intitulé « Mieux se préparer ». Il concerne l'entraînement et la préparation opérationnelle. Les conflits d'aujourd'hui montrent que nos armées doivent être prêtes à pouvoir riposter dans tous les champs de conflictualité, qu'ils soient matériels ou immatériels. Cela demande un entraînement plus conséquent et plus sophistiqué, notamment dans ces nouveaux espaces de conflictualité. L'effort en cours sur la disponibilité des matériels sera poursuivi pour permettre de multiplier les entraînements au quotidien et de perfectionner les scénarios de préparation. Il faudra aussi renforcer notre recours à la simulation et la rendre aussi réaliste et ambitieuse que possible.

Le travail de déclinaison des ajustements selon les trois axes que je viens de décrire n'est pas encore achevé, les exemples que je viens de vous donner n'en sont que les premières illustrations. Il s'agit maintenant de préciser exactement les besoins et d'identifier les compensations tout en assurant la cohérence de notre modèle et l'atteinte de nos objectifs.

Aujourd'hui, dans tous les domaines, la LPM se poursuit. Le Président de la République, je le rappelle, a confirmé sa trajectoire budgétaire jusqu'en 2023. Malgré la crise, les commandes ne s'arrêtent pas, les livraisons continuent et les réformes portent leurs fruits. Rien que depuis le début de cette année, pour soutenir notre base industrielle et technologique de défense dans un contexte que l'on sait difficile, nous avons accéléré la commande de deux frégates de défense et d'intervention, ce qui se traduit concrètement par la pérennité de 1 200 emplois chez Naval Group et ses sous-traitants, et aussi anticipé la commande des huit hélicoptères Caracal que je mentionnais tout à l'heure ainsi que d'un système de drones aériens pour la marine, préservant ainsi 1 000 emplois pendant trois ans à travers tout le pays. Enfin, l'export de Rafale pour la Grèce se traduira par la commande de dix-huit avions neufs à Dassault – y compris de la part de nos forces –, à laquelle s'ajouteront bientôt les trente Rafale destinés à l'Égypte.

Ayons bien en tête qu'une cadence d'un Rafale par mois, cela représente 7 000 emplois chez Dassault bien sûr, mais aussi au sein de près de 500 PME implantées partout en France. Avec les commandes grecque et égyptienne, il s'agit de la pérennité de milliers d'emplois français jusqu'à la fin de l'année 2025. Au total et en ne comptabilisant que les seules commandes de Rafale passées en 2021, le ministère des armées assure près de 10 000 emplois et fait vivre autant de familles pour les cinq années à venir.

Évidemment, l'ensemble du tissu industriel, dans toutes les régions de France, continue de bénéficier des commandes au titre de la loi de programmation militaire passées ces trois dernières années. Je voudrais appeler votre attention sur quelques exemples : les commandes liées à la loi de programmation militaire engendrent dans des secteurs de pointe 12 000 emplois industriels directs en Centre-Val de Loire, 27 000 en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, 18 000 en Bretagne et jusqu'à 62 000 en Île-de-France : ce sont autant de personnes talentueuses impliquées, avec beaucoup d'engagement, pour livrer le meilleur de la technologie et du savoir-faire d'aujourd'hui à nos forces. Et j'en viens maintenant à celles-ci : quels sont les effets concrets de la LPM sur leur quotidien ?

Le premier contact d'un jeune militaire avec son institution s'accomplissant d'abord au travers de son équipement personnel, je commencerai par vous parler des livraisons d'équipements à hauteur d'homme. Le ministère a considérablement progressé en la matière. Le dernier objectif atteint à ce jour touche à une activité indissociable de la condition d'un militaire : le sport. Désormais, 100 % des militaires de l'armée de terre sont équipés d'une nouvelle tenue de sport. C'est un atout important pour leur préparation opérationnelle. De même, 100 % des militaires déployés en OPEX disposent du treillis nouvelle génération dit F3, qui résiste au feu et, en métropole, 26 500 soldats des unités FELIN – fantassin à équipements et liaisons intégrés – de l'armée de terre sont, eux aussi, équipés de ce treillis performant, soit 20 % de la cible fixée pour 2025.

Les trois quarts des forces terrestres et plus du tiers de l'armée de l'air et de l'espace sont aujourd'hui équipés de nouveaux gilets pare-balles. Nous avons aussi déjà atteint 54 % de la cible sur la livraison des jumelles de vision nocturne O-NYX et, d'ici à la fin de cette année, nous aurons livré la totalité des 6 500 paires de ces jumelles qui font la différence sur le terrain. Enfin, pour ce qui est des fusils HK416, qui remplacent les FAMAS, plus de 48 000 ont déjà été livrés sur la cible de 117 000 que nous devons atteindre d'ici à 2028, ce qui signifie que le tiers de l'armée de terre et 38 % de l'armée de l'air et de l'espace en sont actuellement équipés.

Je vous parlais du premier contact d'un jeune militaire avec son équipement : cela se fait pour la première fois au magasin du corps, au comptoir de son régiment ou bien à l'antenne locale des services de soutien. Et, comme vous le savez, nous avons décidé de révolutionner le soutien des militaires mais aussi de faciliter leurs démarches quotidiennes, qu'il s'agisse de l'habillement, des demandes administratives – comme le renouvellement d'une carte SNCF – ou encore de l'accès au courrier.

Aujourd'hui, l'ensemble de ces services est accessible au sein des espaces ATLAS – accès en tout temps, en tout lieu au soutien. Depuis 2017, ce sont 146 espaces ATLAS qui ont ouvert pour servir près de 170 000 militaires et agents du ministère, sur une population totale de 268 000 personnes. Cela signifie donc que près des deux tiers des militaires et des agents du ministère ont un espace ATLAS sur leur lieu de travail ou à proximité. Et 2021 sera l'année de l'accélération car nous allons ouvrir une quarantaine d'espaces ATLAS supplémentaires. Ces espaces sont une véritable réussite ; certains envisagent d'ailleurs d'y ouvrir l'accès à d'autres services administratifs de l'État comme les démarches liées aux caisses d'allocations familiales, à la manière de ce qui se fait dans les maisons France services.

L'espace ATLAS est le fruit du plan famille. J'avais pris un engagement simple vis-à-vis des femmes et des hommes de notre défense, celui de changer leur quotidien. Cet engagement est tenu. Le plan famille continue de se déployer et de s'adapter aux spécificités de chaque régiment et de chaque base. L'un des enjeux essentiels pour les familles de ce ministère, c'est la faculté à se déplacer facilement, que ce soit pour les célibataires géographiques ou pour leurs familles qui construisent leur vie aux quatre coins de la France, au gré des mutations. En mars 2021, nous avons remis la cent cinquante millième carte famille SNCF. Nous avons aussi négocié, auprès de la compagnie Transavia, l'ouverture, en avril 2021, d'une ligne aérienne directe à prix bas entre Toulon et Brest. Pour les familles de marins, c'est une révolution : c'était un trajet qui, jusqu'alors, était très long à réaliser en train et même en avion, faute de liaison directe.

En matière de solutions de garde d'enfants, sujet de préoccupation essentiel pour les familles où l'un des conjoints est souvent amené à être déployé quatre mois par an, nous avons aussi beaucoup progressé. Depuis le début de l'année, nous avons ouvert deux crèches, à Calvi et à Mérignac, et nous en ouvrirons prochainement deux nouvelles, à Cayenne et à Mont-de-Marsan. L'objectif d'augmenter de 20 % le nombre de places en crèche d'ici à 2022 a été atteint dès la fin 2020. Fin 2022, nous l'aurons largement dépassé puisqu'un peu plus de 1 800 places dans des crèches ministérielles seront proposées grâce à l'ouverture de nouveaux établissements à Évreux, à Creil, à Cherbourg, à Varces, à Solenzara et à Suippes. Enfin, nous avons innové : dès le mois de juin prochain, l'ensemble des personnels du ministère auront accès à une plateforme de services de garde d'enfants à domicile.

À chacun de mes déplacements auprès de nos forces, y compris en opération, je mesure à quel point l'attention portée aux familles de militaires est un facteur de performance opérationnelle. C'est, à mes yeux, aussi important que les équipements capacitaires.

J'en viens à un rapide – je vous rassure – tour d'horizon du matériel de nouvelle génération, qui se déploie au sein de nos trois armées.

L'armée de terre dispose déjà de 240 Griffon et doit en recevoir encore 137 supplémentaires cette année. Le premier déploiement au Sahel de ce nouveau véhicule du programme SCORPION – synergie du contact renforcée par la polyvalence et l'infovalorisation – aura lieu cet été, pour un emploi opérationnel dès l'automne, conformément aux objectifs fixés.

De son côté, la marine nationale continue de se doter de nouveaux bâtiments de combat, notamment de frégates, comme la FREMM – frégate multi-missions – Alsace, et d'avions de patrouille maritime Atlantique 2 rénovés. Vous le savez également, la marine a reçu le Suffren, premier sous-marin nucléaire d'attaque de nouvelle génération, qui sera admis au service actif cette année.

Enfin, l'armée de l'air et de l'espace continue de réceptionner des Mirage 2000 rénovés, des MRTT Phénix, au nombre de trois pour l'année 2021, ainsi qu'un avion A400M de plus. Nous avons aussi commandé, en janvier, de nouvelles stations utilisateurs pour les satellites de communication nouvelle génération Syracuse 4.

Il y a le matériel, bien sûr, mais il y a aussi sa disponibilité : un Griffon qui ne roule pas ou un avion qui ne décolle pas, c'est comme une coquille vide. J'ai donc placé cet enjeu au cœur de mon action en engageant d'importantes réformes du maintien en condition opérationnelle (MCO) dans les trois milieux, le plus grand chantier étant celui du MCO aéronautique. Dans ce domaine aussi, les progrès sont sensibles. Par exemple, en 2017, seuls trois avions A400M étaient en moyenne disponibles. Aujourd'hui, la moyenne se situe à six, soit deux fois plus, et nous avons même constaté des pics journaliers de disponibilité à onze avions prêts pour voler, ce qui était absolument inédit. Un autre exemple : en 2017, la disponibilité moyenne des Caracal – un des hélicoptères qui interviennent dans les missions les plus sensibles des forces spéciales, mais aussi pour sauver des personnes lors de tempêtes ou de catastrophes naturelles, ou encore pour transporter des patients en réanimation, comme ce fut le cas dans le cadre de la crise sanitaire – ne dépassait pas cinq appareils. Aujourd'hui, plus de huit sont prêts à décoller chaque jour.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais j'ai parfaitement confiance en nous pour avancer plus vite et plus fort car, chaque jour, je vois, comme vous, des équipes passionnées, des agents engagés et des militaires déterminés à travailler avec acharnement pour offrir aux Français le plus haut niveau de protection. Nous écrivons ensemble une page importante de l'histoire de nos armées. Les objectifs qui ont été fixés par la loi de programmation militaire sont tenus et continueront de l'être. Je sais que je peux compter sur vous pour y veiller de très près.

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