Intervention de Aurore Bergé

Séance en hémicycle du mercredi 6 octobre 2021 à 15h00
Bibliothèques et développement de la lecture publique — Discussion générale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaAurore Bergé :

Il est heureux que nous abordions parfois dans l'hémicycle des sujets qui nous rassemblent, quels que soient les bancs que nous occupons ou nos origines politiques, et qui réunissent aussi l'Assemblée nationale et le Sénat. Je salue évidemment à mon tour celle qui est à l'origine de cette proposition de loi et remercie Mme la sénatrice Sylvie Robert d'avoir été présente à nos côtés.

J'aimerais vous faire part de quelques convictions au nom du groupe La République en marche. La première porte sur la visibilité des bibliothèques. Jusqu'à présent, lorsque l'on parlait de politique culturelle, les bibliothèques n'étaient pas souvent mises en valeur, elles n'étaient pas forcément le premier outil ou objet culturel que l'on mentionnait dans le débat public ou politique.

Le fait que le Président de la République ait choisi d'y remédier et de confier une mission à Erik Orsenna et à Noël Corbin – auteurs du rapport « Voyage au pays des bibliothèques, lire aujourd'hui, lire demain » – a permis à l'évidence de donner une visibilité attendue et nécessaire au premier équipement culturel de proximité des Français : nos bibliothèques.

Les moyens ont aussi été renforcés, non seulement pour étendre les horaires d'ouverture de nos bibliothèques mais aussi pour permettre la création de bibliothèques dans nos communes, y compris les plus rurales. J'ai encore inauguré très récemment, dans des communes rurales de 800 habitants, deux de ces établissements qui offrent une médiation culturelle de proximité – car une bibliothèque est bien un lieu vivant.

La deuxième conviction concerne la question, déjà évoquée par plusieurs orateurs, de l'accès. Cette loi le garantit en rappelant des grands principes : pluralisme, liberté ou encore gratuité. Mais pour permettre l'accès, il faut aussi aller vers les publics, ouvrir les portes d'institutions culturelles que l'on hésite parfois à franchir – voire briser les murs intériorisés par certains d'entre nous qui n'osent pas entrer dans ces lieux. Dans leur rapport, Erik Orsenna et Noël Corbin évoquent cette situation en parlant du : « Ce n'est pas pour moi ». Or les bibliothèques doivent évidemment appartenir à chacun des Français. Tel est l'objectif de cette proposition de loi qui accroît la visibilité de ces lieux et réaffirme les grands principes qui les régissent.

Nous avons adopté dès les débats en commission un amendement qui vise à renforcer les enjeux de médiation culturelle et d'exercice des droits culturels des Français. Encore une fois, la bibliothèque n'existe que par les publics qui la composent et par les professionnels qui permettent son accès.

J'aimerais vous donner l'exemple de Bib, à Dunkerque, un lieu exceptionnel. J'ai pu constater qu'un quartier avait été repensé et revitalisé à partir de cet équipement culturel qu'est la bibliothèque. C'est grâce à l'intégration de cet établissement au sein de la ville, à son ouverture et même à son architecture, que ce quartier a été totalement réinvesti par ses habitants, que la mixité sociale a pu s'y installer et que la bibliothèque est devenue un lieu de vie. Ouverte quarante-deux heures par semaine, Bib est fréquentée aussi bien par les étudiants et les personnes les plus aisées que par ceux que l'on dit éloignés mais qui, bien sûr, dès lors que l'on sait comment s'adresser à eux, trouvent le bon chemin.

Je tiens également à saluer toutes les bibliothèques municipales et associatives qui maillent notre territoire. À cet égard, j'aimerais faire part d'une préoccupation que nous avions déjà évoquée en commission – cette question sera d'ailleurs peut-être abordée lors du prochain débat relatif à la décentralisation. Lorsque les collectivités locales s'emparent des possibilités qui s'offrent à elles, la décentralisation est un formidable outil mais lorsqu'elles se retirent et renoncent à l'action qu'elles pourraient mener en faveur des politiques culturelles, il est malheureusement très difficile de revenir en arrière.

Nous l'avons subi de plein fouet ce type de situation dans les Yvelines lorsque, du jour au lendemain, le conseil départemental a décidé de supprimer la bibliothèque départementale, avec pour conséquences une diminution du nombre de formations et une baisse des moyens, y compris pour des communes rurales qui n'ont pas d'argent pour acquérir des livres ni former le personnel nécessaire. L'accès à la culture est ainsi sacrifié.

J'aimerais enfin rappeler ce que les bibliothèques offrent à chacun d'entre nous en tant que citoyen. Je pense bien sûr à l'enjeu essentiel qu'elles représentent pour l'émancipation, pour la lutte contre les inégalités sociales et territoriales ou encore pour l'exercice plein de nos droits culturels et de notre démocratie – comme nous avons d'ailleurs pu le constater lors du grand débat national, certaines réunions ayant pu se tenir dans ces lieux.

J'aimerais vous donner un autre exemple, Charlevil'lecture, un projet de lecture publique mené à Charleville-Mézières – qui a d'ailleurs inspiré un amendement portant sur la lutte contre l'illettrisme, que Béatrice Piron et moi-même défendons au nom de notre groupe. Je citerai les propos d'une personne qui a bénéficié de ce programme de lutte contre l'illettrisme : « J'ai progressé dans la langue, j'ai passé mon permis de conduire, j'ose, j'ai trouvé un travail, je veille sur l'éducation de mon enfant, je fais moins de cauchemars. »

En luttant contre l'illettrisme, on favorise tout simplement l'entrée dans la citoyenneté. Tel est aussi l'objectif de cette proposition de loi.

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