Intervention de Cyrille Isaac-Sibille

Séance en hémicycle du vendredi 7 janvier 2022 à 15h00
Évaluation des politiques de prévention en santé publique

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaCyrille Isaac-Sibille :

Au nom du groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés, je tiens à remercier nos collègues Régis Juanico et Marie Tamarelle-Verhaeghe pour la qualité de leur travail. Ils nous apportent un éclairage pertinent sur les conséquences néfastes de la sédentarité sur notre santé et sur la promotion de l'activité physique comme moyen d'y faire face. Je les remercie aussi et surtout d'avoir permis de mettre ce sujet si important à l'ordre du jour de notre assemblée.

Notons tout d'abord que la notion de santé publique reste mal définie pour beaucoup d'entre nous. Qu'est-ce que la santé publique ? C'est avoir une approche populationnelle de la santé dans toutes ses dimensions et conduire une action sur les déterminants de santé qui peuvent être liés aux caractéristiques individuelles, au milieu de vie, au système d'éducation et de santé, au contexte socio-économique.

La modification des comportements – modes alimentaires, baisse de l'activité physique, habitudes face aux écrans et au sommeil – et des facteurs environnementaux comme la qualité de l'air et de l'eau sont les premiers facteurs qui déterminent notre santé. Ils sont d'ailleurs appelés « déterminants de santé ». Lorsqu'ils sont dégradés, ils sont en grande partie responsables de la hausse des maladies chroniques et psychiques.

Quelle est la bonne nouvelle ? Nous savons qu'il est possible d'influer positivement sur ces déterminants grâce à la modification de nos habitudes de vie et à l'adoption de politiques publiques. Alors qu'ils ont longtemps été au cœur des préoccupations des pouvoirs publics, une approche curative leur a été préférée. Jusqu'en 1974, je le rappelle, nous avions des ministères de la santé publique. Nous avons désormais des ministères de la santé.

Depuis plusieurs années, les médecines de prévention – protection maternelle et infantile (PMI), médecine scolaire et du travail – sont malmenées voire délaissées, alors qu'elles sont des acteurs cruciaux de santé publique et de réduction des inégalités. Pourtant de grandes inégalités demeurent en matière de santé et d'éducation. Si la France détient le record de longévité, elle détient aussi le record de vieillissement en mauvaise santé.

Qu'avons-nous fait durant cette législature ? Nous avons pris plusieurs mesures en faveur de la santé publique, que j'aimerais rappeler : hausse du nombre de vaccins obligatoires dès le plus jeune âge ; reconnaissance de l'activité physique comme traitement à part entière, dès lors qu'elle est prescrite par un médecin ; mise en place du service sanitaire des étudiants en santé afin d'initier 47 000 d'entre eux à la notion de santé publique, à la prévention et à la promotion de la santé ; forte taxation des cigarettes ; accompagnement du nutri-score.

Que nous reste-t-il à faire ? Votre rapport confirme des constats connus et unanimes.

Vous soulignez à juste titre que l'adoption d'une politique de santé publique représente un investissement et non un coût. Vous pointez la nécessité d'un portage politique fort, afin de garantir l'efficacité d'une politique de santé publique préventive. Le groupe MODEM souscrit entièrement aux recommandations émises dans ce rapport, notamment s'agissant de la promotion de l'activité physique et sportive auprès de la jeunesse et de l'ancrage de l'éducation physique et sportive dans les apprentissages fondamentaux.

Pour donner une nouvelle dimension à notre politique de prévention, nous devons transformer cette impulsion de façon résolue et durable en proposant, comme vous le faites, des solutions pratiques et concrètes. Ensemble, nous devons ériger la prévention en priorité publique, tant au niveau national que local, par une appropriation de la notion de santé publique par les Français et les responsables institutionnels ; par une approche multidimensionnelle de la santé, qui suppose d'exercer cette compétence de façon interministérielle, en associant les ministères de l'éducation nationale, de l'agriculture, des sports, des transports, du logement, des collectivités territoriales et du travail ; par un cadrage national fixant les priorités de santé publique ; par l'étude des déterminants de santé ; par la désignation d'une instance chargée de l'évaluation et de la validation des actions – j'en avais dénombré plus de 26 000 dans un rapport sur la prévention santé en faveur de la jeunesse ; par une déclinaison locale coordonnant tous les acteurs institutionnels et collectivités et s'appuyant sur les expérimentations déjà existantes et évaluées ; par une politique de promotion de la santé à destination de tous les milieux dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, dans le cadre scolaire ou extrascolaire comme dans le monde du travail, sans oublier les personnes âgées et handicapées ; et enfin par un financement dédié et identifié, par exemple dans un sous-objectif de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (ONDAM) lors du vote du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS).

Je conclurai en paraphrasant Hippocrate, qui disait que nos aliments sont notre première médecine : faisons de nos bons comportements notre première médecine.

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