Intervention de Patrick Strzoda

Réunion du mardi 24 juillet 2018 à 16h35
Commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la république

Patrick Strzoda, directeur de cabinet du président de la République :

Madame la présidente, monsieur le co-rapporteur, mesdames et messieurs les députés, votre commission d'enquête a pour objet de faire la lumière sur les manifestations qui se sont déroulées à Paris le 1er mai. Cette journée du 1er mai, je l'ai passée au bureau, à travailler, mais surtout à me tenir informé de l'évolution de la situation des manifestations, à Paris notamment.

J'ai appris, le lendemain matin 2 mai, qu'au cours de ces manifestations un chargé de mission de l'Élysée aurait eu un comportement inapproprié et choquant. Je l'ai appris en prenant connaissance d'une vidéo qui m'a été montrée par le conseiller en charge, notamment, des réseaux sociaux. Cette vidéo montrait à la fois une scène d'affrontements violents, avec une poursuite de personnes, forces de l'ordre et manifestants, scène assez confuse, et une autre scène, qui était celle de l'intervention de ce chargé de mission qui semblait être M. Benalla. Au vu de cette vidéo, j'ai immédiatement convoqué l'intéressé et je lui ai demandé de me donner des explications. Il a reconnu sa présence sur les lieux, et il a justifié son comportement : c'était, m'a-t-il dit, « pour aider les policiers pris à partie par des manifestants violents et qui ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre ». Je l'ai informé que sa participation à une opération de maintien de l'ordre ne faisait pas partie de sa mission d'observation, et que son comportement fautif était inacceptable. Il ferait donc l'objet d'une sanction. J'ai immédiatement porté ces informations à la connaissance du secrétaire général de l'Élysée, qui est chargé d'informer quotidiennement le Président de la République de ce qui se passe sur le territoire national lorsqu'il est en déplacement à l'étranger. Le Président de la République, je le rappelle, était alors en Australie, et sur le point de se rendre en Nouvelle-Calédonie, pour un déplacement extrêmement sensible – la Nouvelle-Calédonie, vous le savez, aura à se prononcer sur son avenir dans quelques mois, et le Président avait notamment inscrit à son programme un déplacement hautement symbolique à Ouvéa.

Le secrétaire général informe le Président de la République du comportement de M. Benalla et lui dit qu'il est proposé de prendre une sanction à son égard. La sanction a été prise par mes soins. Il s'agit, d'une part, d'une suspension de quinze jours sans traitement et, d'autre part, d'une modification des missions de M. Benalla, modification équivalant à une rétrogradation, puisqu'il a été déchargé de la participation à l'organisation des déplacements officiels du Président de la République. Cette sanction, a fait l'objet d'un courrier, que je lui ai notifié le 3 mai dernier, qui figure dans son dossier et qui précise qu'en cas de nouveau comportement fautif il serait licencié. Cette sanction est entrée en vigueur le 4 mai. M. Benalla a donc été démis de ses fonctions du 4 au 22 mai. Certains considèrent que ces sanctions n'étaient pas adaptées aux faits. Mesdames et messieurs les députés, votre commission me permettra de vous apporter des réponses précises sur ce point.

Je mesure aussi le trouble et l'émotion que le comportement de ce chargé de mission a pu susciter, notamment chez nos forces de sécurité. C'est pourquoi je voudrais dire, ici, devant vous, à nos policiers et à nos gendarmes, que le chef de l'État mesure chaque jour leur engagement sans faille pour assurer la sécurité de nos concitoyens, pour lutter contre la menace terroriste, pour maintenir l'ordre public et pour garantir l'État de droit. Je veux ici, au nom du Président de la République, saluer le professionnalisme des policiers et des gendarmes et leur dire que la sécurité du chef de l'État ne peut être assurée que sous l'autorité et le contrôle des policiers et des gendarmes.

Ce qui s'est passé, mesdames et messieurs, c'est le comportement individuel fautif d'un chargé de mission de l'Élysée, à propos duquel une information judiciaire est ouverte aujourd'hui et pour lequel une sanction administrative a immédiatement été prise. Il appartient désormais à la justice d'établir les responsabilités des individus poursuivis. J'ai la volonté de répondre de manière précise et complète à vos questions. Le Président de la République, en m'autorisant à venir devant vous, a souhaité contribuer à la manifestation de la vérité. Elle vous est due. Il m'a néanmoins demandé de rappeler le cadre juridique dans lequel s'inscrit mon audition. Je dois veiller à respecter le principe de séparation des pouvoirs, qui ne permettra pas de répondre aux questions portant sur des faits donnant lieu à une information judiciaire ni à celles portant sur l'organisation interne de la Présidence de la République. (Exclamations.)

Aucun commentaire n'a encore été formulé sur cette intervention.

Cette législature étant désormais achevée, les commentaires sont désactivés.
Vous pouvez commenter les travaux des nouveaux députés sur le NosDéputés.fr de la législature en cours.