Intervention de Delphine O

Réunion du mardi 12 février 2019 à 17h05
Commission des affaires étrangères

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaDelphine O :

Ma question, à laquelle j'associe Mireille Clapot, ne porte ni sur le traité d'Aix-la-Chapelle ni sur l'Europe, mais sur votre ministère.

En 2014, vous avez publié un livre, Choisissez tout, dans lequel vous expliquiez avec conviction est humour qu'il fallait cesser de demander aux femmes de choisir entre une carrière professionnelle ambitieuse et une vie privée épanouie, entre mener parcours exceptionnel de diplomate, de directrice de l'École nationale d'administration (ENA), puis de ministre, et être quatre fois maman ; que, oui, les femmes pouvaient tout avoir, comme les hommes.

Votre parcours est une inspiration pour nombre d'entre nous, femmes jeunes et moins jeunes, mais les chiffres des nominations de femmes au sein de votre ministère sont, eux, un peu moins encourageants : le Quai d'Orsay plafonne à 25 % de femmes dans les fonctions de direction et à 29 % dans celles de sous-direction. La loi Sauvadet impose certes, depuis 2012, une égalité de représentation dans l'encadrement supérieur et dirigeant de la fonction publique, mais cette loi ne porte que sur les primo-nominations et ne permet pas de rattraper le retard en termes de stock.

Au niveau du corps des secrétaires des affaires étrangères, la parité est presque atteinte, mais comment passe-t-on subitement de 50 % à 25 % au niveau des sous-directions et des directions ? Vous ne le savez que trop, madame la ministre, puisque vous le décrivez excellemment dans votre livre : les femmes se découragent quand il s'agit de postuler car rien ne les encourage, et surtout pas l'obsession du présentéisme au détriment de la généralisation du télétravail, l'absence de flexibilité en matière d'horaires, qui permettrait de concilier vie professionnelle et vie familiale, ou encore l'incapacité de beaucoup à imaginer qu'une femme puisse avoir la poigne virile indispensable à un ambassadeur, surtout en pays hostile.

La France est engagée partout dans le monde pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Le ministère soutient et promeut les stratégies de genre, comme la résolution « Femmes, paix et sécurité », et le G7 de Biarritz sera l'occasion de mettre en exergue la lutte contre les inégalités de genre.

Alors, à quand une ambassadrice à New York et à Washington – deux postes qui se libèrent cet été –, à Pékin, à Moscou, à Londres ou à Berlin ? À quand une directrice du cabinet du ministre ? À quand une femme haut fonctionnaire en charge de l'égalité au sein du ministère, qui soit membre du comité de sélection des ambassadeurs ? À quand enfin un processus de sélection qui garantisse jusqu'à son terme la présence d'au moins une personne de chaque sexe parmi les candidats ?

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