Intervention de Nathalie Koenig

Réunion du lundi 6 mai 2019 à 16h15
Commission d'enquête sur l'inclusion des élèves handicapés dans l'école et l'université de la république, quatorze ans après la loi du 11 février

Nathalie Koenig, présidente du Groupe de paroles et de soutien pour les parents d'enfants dys de Dieppe :

Ces situations rencontrent des écueils communs.

La méconnaissance des troubles « dys » peut aller jusqu'à la maltraitance de l'enfant qui sera jugé paresseux, non soigné, non concentré et qui subira des privations de récréation, une réécriture forcée, des humiliations, des appréciations qui pointent ses troubles.

La plupart des enseignants font preuve de bonne volonté mais se désolent de l'absence de formation initiale sur les troubles « dys ». Par ailleurs, l'accès aux informations et aux personnes-ressources n'est pas assez ancré dans les pratiques.

Les enseignants ont l'impression de subir la loi de 2005et se sentent en insécurité car placés dans une situation qu'ils ne se sentent pas aptes à gérer. Cela peut aller jusqu'au refus du principe même de l'inclusion. Le fait d'avoir face à eux des parents qui deviennent peu à peu « experts » des troubles de leur enfant est déstabilisant. Ils ont un sentiment d'intrusion dans leur domaine de compétence et craignent d'être jugés.

A contrario, le parent, déjà éprouvé par un parcours de soins semé d'embûches, doit souvent défendre les droits de son enfant. Il passe parfois pour un parent surprotecteur et envahissant.

À cette incompréhension, s'ajoute une défiance de l'Éducation nationale vis-à-vis du professionnel de santé dont les certificats et bilans ne sont pas toujours pris aux sérieux. Il peine parfois à entrer dans les établissements scolaires pour prendre en charge son patient.

Concernant les aménagements aux examens, là encore, on constate un manque d'harmonisation des aménagements proposés ou acceptés. Les aménagements aux examens se heurtent à des problèmes d'organisation : disponibilité des salles, des secrétaires, du matériel informatique ; compétence des secrétaires ; continuité avec l'AVS ou AESH. Il est indispensable de les mettre en oeuvre en amont de l'examen pour que l'élève se les approprie. Ce n'est pas toujours le cas.

Se pose aussi le problème du contrôle continu, qui va devenir criant avec le nouveau baccalauréat. Les aménagements n'y sont pas garantis, ce qui affecte les résultats à l'examen.

En conclusion, malgré les bonnes volontés et les initiatives localisées, l'inclusion des élèves « dys » n'est pas encore pleinement réalisée. On constate encore de nombreux obstacles au respect de la loi de 2005. L'inclusion est souvent perçue au sein de l'Éducation nationale comme une contrainte et non comme une chance. Les élèves « dys » sont accompagnés de façon inégalitaire selon le rectorat, l'établissement, l'enseignant, la MDPH, le maillage médical – libéral et scolaire – du territoire, les ressources des parents. Les enseignants déplorent une formation insuffisante sur les troubles « dys ». Il existe une certaine défiance entre toutes les parties qui accompagnent l'élève « dys ».

Quatorze ans après la loi de 2005, la situation n'est plus acceptable. Pour y remédier, une première condition doit être remplie : changer de vision. L'inclusion de l'élève « dys » fait partie intégrante de la mission de l'école. Elle doit aller de soi et s'accompagner d'un effort de l'Éducation nationale pour donner à ses enseignants tous les moyens d'accomplir leur mission.

Voici nos propositions en ce sens : formation initiale et continue des enseignants et encadrants sur les troubles « dys » ; effectifs allégés pour permettre une pédagogie différenciée ; généralisation d'une classe « dys » dans chaque collège en sixième et en cinquième ; confiance et communication entre les différents partenaires autour de l'enfant « dys » ; une personne-ressource disponible pour chaque établissement ; davantage d'anticipation dans l'organisation de la scolarité de l'enfant « dys » ; gestion rigoureuse des PAP et PPS ; respect des PAP et PPS à établir ou reconduire dès le début de l'année scolaire ; possibilité de recours en cas de non-respect du PAP et du PPS.

La seconde condition est une harmonisation des réponses apportées aux élèves « dys » et le rétablissement d'une certaine équité.

Nous proposons pour cela de : lutter contre la pénurie des professionnels de santé ; rembourser les soins d'ergothérapie et de psychomotricité et les bilans neurophysiologiques ; redonner la possibilité aux orthophonistes de proposer des aménagements et d'établir un diagnostic sur un trouble simple, tel que la dyslexie ; rétablir le maillage de la médecine scolaire pour permettre un dépistage systématique ; ouvrir l'école aux professionnels de santé ; permettre à l'enseignant référent d'accompagner les primo-demandes ; harmoniser les réponses entre les MDPH ; continuer à proposer une aide humaine lorsque cela est nécessaire, avec un besoin individualisé ; garantir la continuité de l'aide humaine, limiter le turnover des AVS et AESH auprès des enfants avec des contrats moins précaires, généraliser leur professionnalisation.

En conclusion, la loi de 2005 est une véritable avancée, mais nous constatons que nous sommes encore dans un système d'intégration de l'élève « dys » plutôt que dans un système d'inclusion. Pour cela, il est indispensable de changer le regard que nous avons sur le handicap et de donner les moyens humains et organisationnels de mettre pleinement en oeuvre la loi de 2005. C'est juste une question de justice et d'équité.

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