Intervention de Olivier Véran

Séance en hémicycle du mardi 3 novembre 2020 à 21h00
Prorogation de l'état d'urgence sanitaire — Article premier

Olivier Véran, ministre des solidarités et de la santé :

Permettez-moi de répondre sur le fond à l'interpellation de Mme Rabault qui me demandait que signifie la fermeture des petits commerces en période de confinement. Quand on fait face à un risque naturel comme un virus, qui comporte une part d'inconnu, on adopte forcément une démarche pour partie empirique : les uns et les autres doivent apprendre par l'expérience.

En ce qui concerne les commerces, je citerai l'exemple du Québec, m'étant entretenu avec son ministre de la santé. Face à la hausse de l'épidémie, la province a décidé de prendre des mesures pour restreindre la circulation du virus – des mesures similaires aux nôtres, au fond, à une exception près : les commerces. Lorsque les autorités québécoises ont fermé les bars et les restaurants, limité pour partie les transports et fermé les universités, elles se sont aperçues qu'elles étaient parvenues à stabiliser le taux de reproduction du virus, le R, avec environ mille nouveaux malades chaque jour, sans pour autant le faire baisser. Au bout d'un mois, elles ont donc dû prolonger d'un mois supplémentaire l'ensemble des mesures qui s'appliquaient, étant entendu qu'elles étaient conscientes du fait que pour faire reculer l'épidémie et permettre à la population de reprendre une vie normale, il leur faudrait franchir un pas supplémentaire.

Plusieurs scénarios sont alors envisageables. On peut restreindre le travail – moyennant des risques majeurs pour l'emploi – ou fermer les écoles et, ainsi, éviter une petite part des contaminations. Troisième option : fermer les commerces non essentiels. Au-delà des mesures décidées par nos amis québécois, il n'existe pas d'autre mesure que ces trois-là.

Nous sommes, quant à nous partis de plusieurs postulats. Le premier : nous voulons préserver l'éducation des enfants – et tout le monde est d'accord sur ce point. Il est hors de question que les petits de 6 ou 8 ans ne puissent plus aller à l'école pendant des semaines. Certains pays ont fait ce choix : depuis le mois de mars, les enfants n'y sont toujours pas retournés à l'école dans des conditions normales, situation difficile qui n'a d'ailleurs pas permis à ces pays d'être épargnés par la deuxième vague – je pense notamment à un pays voisin que je ne citerai pas.

D'autres pays ont fait le choix de limiter le travail dans son ensemble : télétravail obligatoire, limitation des transports, et tant pis pour ceux qui ne peuvent pas bosser ! Les dégâts économiques sont considérables tandis que l'effet de freinage de la diffusion du virus est faible par rapport au coût. Lorsque nous affirmons ne pas séparer la santé et l'économie, c'est que nous réfléchissons aux mesures les plus susceptibles de freiner le virus sans pour autant créer des masses de chômeurs ni interrompre le développement du pays.

Parmi les domaines que l'on ne peut pas sacrifier figurent donc l'école et l'emploi. S'agissant des transports en commun, on peut certes discuter éternellement du fait que les usagers portent ou non un masque et sont proches les uns des autres mais, si l'on fermait les transports en commun dans une région comme l'Île-de-France, qu'irait-on expliquer aux départements de la petite couronne et à tous ceux qui doivent travailler pour survivre ? Comment faire ? Nous pouvons tous, quels que soient nos sentiments réciproques dans une période comme celle-ci, où les passions sont complexes, nous entendre sur le principe selon lequel les gens doivent continuer de vivre. Il faut faire des sacrifices et des choix, et les transports en commun font partie des choix fondamentaux pour la nation.

Récapitulons : nous conservons les transports en commun, le travail, l'école. Quelles sont les répercussions sur les commerces ? Tout d'abord, nous savons désormais, car nous disposons pour cela d'un nombre suffisant d'éléments étayés, et l'exemple québécois en atteste, que la fermeture des bars et des restaurants – le débat est légitime, mais nous l'avons eu longuement – permet de freiner la courbe à la hausse de l'épidémie, comme cela a été le cas dans les pays et dans les métropoles françaises où ces mesures ont été prises. Mais si cela permet de freiner la circulation de l'épidémie, cela ne permet pas de la réduire, raison pour laquelle il a fallu prendre des mesures plus dures. Il fallait fermer les bars et les restaurants parce que les clients n'y portent pas de masque et qu'ils sont en intérieur. Ce n'est de la faute ni des restaurateurs ni des gérants de discothèques et de bars, mais il se trouve que le contexte professionnel de ces établissements est propice à la diffusion du virus et à la prolongation de l'épidémie.

Il existe aussi des commerces qui, malgré le port du masque, présentent des risques, évalués par les scientifiques. Dans le secteur du vêtement, les clients touchent et essaient les articles, des jeans par exemple, …

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