Intervention de Jean-Christophe Lagarde

Séance en hémicycle du mercredi 3 février 2021 à 15h00
Respect des principes de la république — Après l'article 1er

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaJean-Christophe Lagarde :

C'est un contresens historique que de vouloir réglementer l'université en fonction de la laïcité. Comme quelqu'un l'a rappelé tout à l'heure, l'université est née au Moyen Âge, dans l'ensemble de la civilisation européenne, comme un fait religieux – et si elle est universaliste, c'est précisément parce qu'elle avait vocation à organiser les relations entre les universités religieuses à travers la religion catholique. Affirmer aujourd'hui que l'université devrait se laïciser est un contresens, puisque l'évolution de l'université a justement permis le débat et la contradiction.

J'ai entendu dire tout à l'heure que l'université était le lieu où on se forgeait. J'estime pour ma part que, si l'on se forge à l'école avant de se forger à l'université, il y a une grande différence entre les deux, qui ne réside pas simplement dans le fait que les étudiants sont des adultes. À l'école, on n'accepte pas le débat, on n'accepte pas la confrontation, on n'accepte pas la contradiction des principes qui nous font vivre ensemble : c'est la raison d'être des programmes, mais aussi des principes de laïcité qu'on y applique. Il en va tout autrement à l'université, fondée sur la recherche, le débat, la confrontation et la contradiction dans tous les domaines, qu'il s'agisse de la politique, des questions sociales, des mathématiques ou de la physique. L'université est par essence le lieu de la confrontation, y compris religieuse.

J'observe qu'avec ces amendements, vous remettez en question un autre principe, que nous venons de confirmer à l'article 1er, principe auquel il ne faut pas toucher, selon lequel la laïcité s'applique au service public, et non à l'usager : vous voulez faire de l'université un lieu où l'usager serait contraint. Très franchement, cela conduit à ouvrir d'autres débats, ceux de la laïcité de l'usager dans les nombreux autres services publics, du salarié sur son lieu de travail, et finalement de l'ensemble des personnes dans l'espace public.

Et puis, le voile, qui semble constituer pour certains une préoccupation obsessionnelle, n'est pas le seul signe religieux ostentatoire que l'on puisse voir dans les services publics, sur les lieux de travail et dans la rue. Que faites-vous des autres signes ?

1 commentaire :

Le 11/02/2021 à 11:40, Laïc1 a dit :

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Laïquement parlant, il n'y a pas de "signes" , il y a "quelque chose" sur la tête, ou rien du tout.

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