Intervention de Patrick Mignola

Réunion du mercredi 27 octobre 2021 à 14h00
Mission d'information visant à identifier les ressorts de l'abstention et les mesures permettant de renforcer la participation électorale

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaPatrick Mignola, président du groupe Mouvement démocrate (MODEM) et démocrates apparentés à l'Assemblée nationale :

Qu'avons-nous fait pour améliorer la contribution des partis au bon fonctionnement de la démocratie ? Pas assez, de toute évidence. Un parti politique se doit d'écouter et de voir.

Les expérimentations que nous menons en ce moment même montrent qu'un mouvement politique doit d'abord écouter, plutôt que d'émettre des idées dont il chercherait absolument à convaincre du bien-fondé. Cette écoute ne doit pas être déléguée à des instituts de sondage travaillant sur tel ou tel panel représentatif de la population ; elle doit être la tâche des adhérents, des militants, des sympathisants, qui s'apercevront que les situations de nos concitoyens sont très différentes les unes des autres – Tocqueville expliquait déjà que l'égalitarisme produisait de l'individualisme et que les sociétés modernes conduisaient nécessairement à la singularité des situations, chacune cherchant à être reconnue.

Pour autant, il ne suffit pas d'écouter – un parti n'est pas un institut de sondage qui essaierait de restituer le plus concrètement possible les attentes des électeurs –, il faut aussi voir, c'est-à-dire apporter une vision. De tout ce que l'on a entendu sur le terrain, il faut tirer une philosophie politique. Si les partis politiques sont devenus, à mon sens, des astres morts – mais il faut profiter de la lumière et de la chaleur qu'ils émettent encore pour quelques années pour essayer de les rénover –, c'est précisément parce qu'ils n'ont pas su réhabiliter et actualiser les philosophies politiques. Nous avons le droit d'être de droite, de gauche ou du centre, d'être originaires de la démocratie chrétienne ou du personnalisme, d'appartenir à tel ou tel courant de pensée, sous réserve qu'au-delà de la conviction qui nous a conduits à adhérer à cette philosophie, nous soyons capables de l'actualiser.

C'est donc dans la rencontre entre l'écoute de la société et la philosophie politique qui doit y répondre qu'un parti politique trouve sa légitimité et peut continuer de nourrir la démocratie. Il s'agit d'une tâche à assurer immédiatement. Personnellement, j'explique souvent les défaites électorales subies par les uns ou les autres par le fait que les vaincus, au cours des années précédant le scrutin, ont renoncé à se remettre en question et, sans quitter tout à fait leur ligne doctrinale, ont oublié de faire leur nécessaire aggiornamento, en particulier s'ils exerçaient le pouvoir – il faut donc que nous-mêmes, au Mouvement démocrate, fassions ce travail.

J'ai évoqué tout à l'heure la démocratie participative. Considérer que les élections consistent à signer un chèque en blanc pour cinq, six ou sept ans ne témoigne pas d'un fonctionnement démocratique moderne. Une itération entre démocratie représentative et démocratie participative est donc nécessaire. Nous pouvons nous inspirer non seulement de l'expérience des conventions citoyennes, comme Stanislas Guerini nous y a invités, mais également du travail réalisé par les élus locaux – j'ai eu l'honneur d'être maire pendant dix-sept ans. Les élus issus des mécanismes de la démocratie représentative sont légitimes pour définir les objectifs et le cadre de la réflexion qui sera menée par une instance de démocratie participative ; les citoyens qui participent à cette dernière, soit à titre volontaire, soit parce qu'ils ont été sélectionnés en tant que personnalités qualifiées, peuvent ensuite discuter, enrichir la réflexion et remettre en cause les orientations politiques à l'intérieur de ce cadre – de ce point de vue, la Convention citoyenne pour le climat a réalisé un très bon travail scientifique, dont il faudra continuer à s'inspirer. C'est à cette seule condition que nous pourrons continuer à agir, faute de quoi, bien qu'élus pour cinq ans, notre liberté d'action ne dépassera pas deux ou trois ans !

Pourquoi cette relation entre démocratie représentative et démocratie participative ne fonctionne-t-elle pas ? Parce que la démocratie représentative est terrorisée par sa propre illégitimité, justement liée à un manque de participation électorale. Nous, parlementaires, avons été élus avec 50 % d'abstention. Certains élus locaux n'ont été élus qu'avec 25 % ou 30 % de participation. Du fait de cette crise d'illégitimité, les élus désignés par le scrutin craignent que des citoyens participant à la décision prennent le pas sur leur réflexion et leur capacité d'action.

De ce point de vue, il faudrait se remettre les idées à l'endroit : le pouvoir exécutif n'est pas obligé d'écraser le pouvoir législatif. Le Parlement pourrait prendre une initiative originale, celle de faire la loi ! Quand un texte arrive dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, il vaudrait mieux qu'il soit parfois d'origine parlementaire et que le Gouvernement l'amende, plutôt qu'il soit systématiquement d'origine gouvernementale et que, dans l'indifférence générale, les députés s'efforcent de le modifier en développant des centaines de milliers d'idées fort peu écoutées par ceux que j'appelle les « sous-pentistes ».

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