L'individu, pour vous, est isolé ; c'est un atome.
Nous, nous considérons que les solidarités existent. Nous considérons que l'homme ou la femme est un être social ; or, le premier élément de la société, c'est la famille. Il ne s'agit pas seulement des liens entre père, mère et enfant, mais de ceux qui existent entre les enfants eux-mêmes. Vous aimez citer des cas particuliers : peut-être vous reviendra-t-il des exemples de fratries ayant survécu à la séparation de la famille, ou à d'autres épreuves, grâce à la solidarité qui les unissait. Ce sont des choses qui comptent. Les frères et sœurs ont des histoires parallèles ; il peut être grave de les dissocier en changeant le nom de l'un mais pas celui de l'autre.
Votre tactique est astucieuse : vous répétez que l'article 1er ne concerne pas le nom inscrit à l'état civil mais le nom d'usage, en laissant entendre qu'il n'y a là rien d'important. Or le nom d'usage compte : c'est lui qui figure sur les documents administratifs, en particulier sur les documents d'identité. Dans cette optique, il convient de préserver ce qui, pour certains, constitue l'ultime refuge de la solidarité, celle des frères et sœurs.